OS Twincest - " House without ware. " / Par Sinièn.

OS Twincest - " House without ware. " / Par Sinièn.
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OS Twincest

" House without ware. "

Par Sinièn.

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L'idée de x-verloren-x :

Bill passe sa vie à attendre il ne sait quoi, sur la jetée d'un port. Pas malheureux, non, sa vie est vide !!!
Tom lui rentre un jour dedans (dans tous les sens du terme si on veut, m'en fous).
Ils se rendent compte qu'ils ont tous les deux besoin l'un de l'autre.

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Une douce brise marine vient soulever les dernières jupes d'été. Vestiges des mois passés et de la chaleur des vacances, les jeunes filles ont l'espoir fou de les porter encore. Mais le froid est bien là, il arrive et s'insinue sous les vêtements légers comme le fait un serpent dans les folles herbes.

Le brouhaha environnant est éreintant pour les passants. Ça crie, les machines chargent et déchargent dans un ronflement de moteurs et de chaînes. Personne n'aime venir se balader ici. Ils préfèrent les beaux parcs fleuris ou les rues piétonnes remplies de magasins. Et après tout ils ont peut-être raison.
Pas qui claquent sur le béton, démarche lente et féline ...

« Attention Monsieur !! Vous pouvez vous pousser s'il vous plaît !? »

Pas sur le côté, il faut les laisser travailler. Il n'est que seize heures trente.

L'air marin emplit le décor, rend la vision de cette scène banale ... la rend magique. Comme des fourmis ou des abeilles, ils travaillent, s'affairent, chacun sachant ce qu'il doit faire, quand, où et comment. Un peu comme dans un ballet pantomime.

Les hommes et quelques femmes ne se touchent même pas, comme si tout était réglé au millimètre près. Les caisses montent et descendent comme le fait le rideau de la scène et l'écrasement des vagues contre les coques des navires fait penser aux applaudissements des spectateurs.
Je ne me lasserai jamais de ce spectacle ... les docks.

Lieu improbable pour une balade quotidienne, lieu assez étrange même. Mais c'est ce qui fait tout son charme. C'est un peu comme mon paradis sur terre, mon paradis de la ville des Anges. Et pourtant qui sait qu'il y a plus bel endroit à voir ici.

Ou alors c'est mon enfer ... Un enfer chez les anges, comble ou ironie ? Je me le demande bien.

Caresse aérienne sur le froid métallique, frôlement du bout des doigts, je frissonne. Trésors cachés aux yeux de tous, ils sont parfois pleins et parfois vides. De partout et d'ici, d'ailleurs et de là-bas, palette de gris et de noir plus ou moins sombre du monde. Grosses chaînes qui empêchent de voir, cadenas fermés à double tour pour empêcher des intrus d'y entrer ... pourquoi j'ai l'impression que c'est moi ?

Le vent s'engouffre entre les containers, sifflant comme une sirène, alarme de départ ... le bateau s'en va. Je jette un rapide coup d'½il aux marins s'affairant sur le pont et sur les quais. Mais rapidement je reporte mon attention sur le nouveau venu. Il n'était là hier, sûrement arrivé dans la nuit ou ce matin. Identique aux autres et pourtant différent. Je le sais, je les reconnais. Peut-être parce que j'y passe trop de temps.

Mon travail terminé, je me rends ici et avance à la recherche de quelque chose.
Pourquoi j'ai l'espoir fou que je le trouverai ici ?
Peut-être est-ce parce que les choses vont et viennent sans arrêt ...

Et j'y reste tant de temps. Des heures que je ne compte même plus. Jamais l'envie de partir, toujours celle de rester. Si je pouvais y habiter je le ferais. Parfois je m'assois dans un coin, regardant les dockers travailler, et parfois je marche sans m'arrêter, faisant des allers-retours jusqu'à l'épuisement et la fatigue. C'est souvent à ce moment que je rentre chez moi, dans mon appartement en centre ville.

Le nouveau est gris clair, neuf, ça se voit, il brille. Presque pas de coups. Son premier voyage ? Je pense que oui.

Mes doigts glissent lentement sur le métal, essuyant les fines gouttelettes d'eau de mer. Je les porte à ma bouche et retrouve le goût salé mélangé au métal. Ce goût étrange caractéristique des docks. Curieux d'en connaître plus sur lui je me penche et lis les informations. Il vient de Chine et j'opte pour des vêtements.

En ce moment il y en a beaucoup. Enfants exploités, adultes mal payés ... ils sont les fabricants de ces nouveaux produits. Ils n'ont vraiment pas de chance. Alors pourquoi moi j'ai l'impression d'être encore plus malheureux qu'eux ?

Je vis dans un pays avec des droits, j'ai un bon travail qui me rapporte assez, un appartement bien coté, des amis, une famille. Le rêve de toute personne.

Mais il y a comme toujours ce battement de c½ur irrégulier, ce serrement dans la poitrine, cette nausée ... non ça ne va pas. Je replace une mèche de mes longs cheveux noirs derrière mon oreille et lève la tête. Le ciel blanc, parsemé de nuages semble calme, immobile. Mais je devine la tempête qui se prépare au dessus. Il va pleuvoir ce soir.

Autour de moi plusieurs dockers font de même et froncent les sourcils. Eux aussi ont deviné. Le rythme de travail s'accélère un peu, même une personne de la mer n'aime pas vraiment les fortes pluies.

« Bill !!! »

Je cherche autour de moi et finis par lever la tête pour croiser le regard d'un homme sur le container voisin.

« Reste pas trop près, y a le nouveau patron qui arrête pas de te fixer de sa fenêtre. »

Je lui fais un bref signe de main alors qu'il reprend son travail, attachant les chaînes.

A force de venir ici tous les jours depuis un peu plus d'un an, certains ont fini par me remarquer. On a un peu sympathisé mais sans plus. Ce n'était pas ça que je recherchais. Parce que même s'ils sont drôles et gentils, le gouffre dans mon corps reste intact. J'ai beau tout essayé, rien ne le comble.

Noir, froid, tranchant, c'est comme une maladie qui me ronge de l'intérieur. Fossé sans fond, labyrinthe dans l'obscurité et je m'y suis perdu. J'ai beau essuyé mes larmes comme un enfant, je n'arrive pas trouver la sortie de mes cauchemars. Tout devient froid, silencieux et sans vie. Et pourtant je l'entends encore, il bat dans ma poitrine et me rappelle que je ne rêve pas. Tout ça est bien réel.

Je m'éloigne et reprends ma marche sur le béton mouillé.

Espagne, Maroc, Japon, France ... tous des pays, tous différents et pour moi tous semblables. Ils vont et viennent, parlent dans leur langue et essayent de communiquer avec les autres. Mais raison futile, juste histoire de faire passer le temps. C'est pathétique. Des océans à traverser, des tempêtes à essuyer et personne ne pense à eux. Parce qu'ils sont invisibles.

Alors c'est peut-être pour ça que je viens ici. Je me sens chez moi. Un invisible parmi des invisibles, un homme parmi des hommes ... Non ...

A vrai dire je ne sais pas pourquoi. Parce que toutes mes explications restent floues, sans réel sens. J'ai faux. Et je suis faux. Sourire sur le visage, rire sur les lèvres, mots de bonheur contre la langue, alors que mes yeux pleurent en silence. Transparentes, des illusions pour les autres afin qu'ils ne les voient pas.

Je soupire.

Mes pas se font lents, précis. Comme si je ne voulais pas me tromper de chemin. Bien choisir où passer, décider de la route sur ce plat grouillant de personnes. Les mains dans les poches, mes pouces caressant mes cuisses à travers le fin tissu, dans un mouvement d'apaisement, il n'y a qu'ici que j'arrive à me calmer.

Des mouettes viennent se poser sur les mâts, criant pour mettre leur touche dans le brouhaha. Je rigole un peu en voyant un capitaine jeter une pierre sur un des oiseaux alors qu'il fait ses besoins sur son pont.

Mais même avec ça, il revient toujours, plus grand et plus fort. Plus écrasant aussi. Je me demande si un jour j'arriverai encore à le porter ou si je finirai par m'affaisser.

Peut-être que la dernière solution n'est pas si mal. Au moins je ne me poserai plus de questions et n'aurai plus à lutter contre ce vide en moi. Un vide qui pèse des tonnes, plus lourd que les containers que je longe.

Une goutte vient s'écraser sur ma joue. Je porte ma main dessus et efface ce que je pense être une larme. Mais une autre vient la rejoindre, et encore une. Je me rends compte alors que je ne pleure pas, mais que c'est le ciel.
Nuages gris devenant noirs, vent plus impétueux, ça arrive doucement. Les gouttes se font plus régulières, plus nombreuses, plus vives.

Il pleut.

Les ouvriers se hâtent, devant absolument finir leur travail. Et moi je reste sous l'eau, à les regarder. La mer commence à s'agiter, les vagues cognant les coques et les pierres des anciens docks. Une pluie diluvienne s'empare de la ville et les gens se mettent à courir dans tous les sens, dans un désordre pathétique. Seuls eux, dockers, gardent leur calme et leur précision dans leur travaux. Le moindre faux pas peut-être fatal.

Je lève la tête vers le ciel et offre mon visage à l'averse. Mon maquillage va couler mais je m'en moque. Sentir les multiples gouttes couler sur ma peau, mourrant de temps en temps dans ma bouche, j'ai l'espoir puéril de chasser mes peurs et doutes dans le torrent.

Un éclair déchire le ciel devenu noir, plongeant la ville dans les ténèbres. Je sursaute, surpris.
Voilà bien la seule chose qui peut me faire partir d'ici. Depuis tout petit je suis astraphobe. D'un mouvement tremblant je resserre mon manteau contre moi. Je jette un dernier coup d'½il en direction des docks et voyant un autre éclair, je m'en vais presque en courant.

Pas pressé, tête enfouie dans le col de ma veste, les bras en croix sur ma poitrine, je tente de me protéger de cette peur qui s'empare de moi.

« Sorry. Excuse-me. »

Je me stoppe pour faire face à un jeune homme, à peine plus vieux que moi, vingt-trois ans peut-être, qui semble complètement perdu. Son accent est étranger et je le vois chercher ses mots.

« Where is ... hum ... hou ... No. wa ... ware. Warehaouse. Where is warehaouse ? »

Heureusement que j'arrive à comprendre l'anglais mal parlé, ayant moi-même du mal pour certains mots.

« Warehouses ? » (2)
« Si », me répond il en espagnol.

Je lui explique du mieux que je peux, voyant bien qu'il ne parle pas anglais. Pour moi c'est simple. J'en viens et j'y vais tous les jours. Je pense que je saurais toujours m'y rendre, même si l'on me laissait dans une rue inconnue, à des kilomètres des docks. Lorsqu'il repart en me remerciant, je reprends ma route et prie pour échapper à la foudre.

Peur un peu puérile, j'avoue. Mais je ne me contrôle pas. Quand j'arrive enfin chez moi, j'enlève mes vêtements trempés et vais prendre une bonne douche chaude. L'orage continue de tonner dehors et à chaque fois je sursaute. Pourtant je devrais être habitué, ayant vécu toute mon enfance dans un pays où les orages sont réguliers.

L'Allemagne, patrie de mon c½ur, pays de mes premières années. Et aujourd'hui je vis à Los Angeles. Je me suis retrouvé ici en raison de mon travail. Il parait que j'ai un don pour la coiffure. Moi j'aime juste ça.

Après avoir fini mes études de coiffeur, je me suis fait engager dans un petit salon de campagne. Puis je suis rapidement parti pour la ville, espérant y trouver ce qui me manquait depuis quelques temps. J'y ai vécu quelques années, me faisant doucement un nom dans le milieu. Mais moi je cherchais juste cette chose qui pourrait combler ce gouffre en moi.

Et lorsqu'un américain, grande star dans le monde de la mode, m'a proposé un emploi dans l'un de ses salons en Amérique, j'ai accepté. J'avais l'espoir fou de trouver là-bas, dans ce pays gigantesque, la chose essentielle à mon existence. Mais voilà près d'un an et demi que je suis ici et c'est toujours pareil.

L'eau chaude glisse sur mon corps et je me détends un peu. J'attrape mon gel douche et en verse une noisette dans ma main. Lentement, je commence à me laver, me massant le corps par la même occasion. La musique dans la pièce m'empêche d'entendre le tonnerre. Ainsi, ma peur s'en va ... mais pour laisser la place à cette autre chose.

Fébrile, je sors de la douche et me sèche superficiellement. J'enfile un boxer et me glisse dans mon lit. Mon c½ur bat la chamade, m'assourdissant.

Mes draps sont trempés et je commence à trembler. Chute libre à nouveau. Vide en moi plus grand, plus froid. Lame douloureuse dans le c½ur, ça me transperce de toute part et je ne peux qu'attendre que ça passe un peu. Car ça ne disparaît jamais vraiment.



[...]



Une vielle dame refaite de partout, qui essaye de paraître plus jeune mais qui est devenue affreuse à force de se faire tirer la peau, me demande une tisane alors que je passe devant elle.

Rapidement je vais dans l'arrière boutique et demande à la stagiaire de s'en occuper. Je n'ai pas le temps de m'en charger, j'ai une cliente qui vient d'arriver.
Grand sourire, gestes aimables et courtois, je la reçois comme il se doit. Ici, dans ce salon de coiffure huppé, le client est roi.

C'est ma dernière coiffure de la journée. Je l'installe dans un fauteuil et lui demande si elle désire une collation. Tout est fait pour que la personne se sente à l'aise et ressorte satisfaite. Après tout, vu le prix qu'elle paye je peux comprendre.

Après avoir passé plus de deux heures avec elle, entre la couleur et la coupe, je termine enfin ma journée. Je salue mes collègues de travail et file directement au port.

Echappée belle, échappée sauvage et pourtant je ne suis pas libre. Enchaîné à je ne sais quoi, prisonnier du noir, coincé dans un étau qui ne cesse de se resserrer et qui un jour va bien m'étouffer.

La pluie de cette nuit a refroidi l'air et les jupes d'été ne trouvent plus leur place sur les corps des jeunes femmes. Vestes, pantalons et pulls sortent enfin dehors. Mais ce ne sera pas pour longtemps. Dès demain ils retourneront dans les placards.

Les docks se dessinent enfin devant mes yeux et je sens ma poitrine se gonfler. Toujours ce même sentiment en y arrivant et l'opposé en partant.

Mes santiags claquent sur le sol mouillé, preuve de ma présence. Rythme identique, cognement au même instant, mon c½ur bat au rythme de mes pas. Parce que ça me rappelle que je suis là, que je suis bien ici.
L'odeur de la mer emplie mes poumons et je soupire de bien-être. Enfin, autant que cela puisse être.

Je décide de m'asseoir sur une grosse pierre, posée sur les quais. Elle est marron, grosse, imposante et pourtant personne ne la remarque vraiment. On la voit mais sans plus.
Posé, mes yeux dérivent sur les travailleurs. J'ai beau voir et revoir ces mêmes gestes, j'ai l'impression de les découvrir à chaque fois.

Et lentement, mes pensées se tournent vers le trou béant qui se dessine devant moi. Un pas de géant pour le franchir. Mais je ne suis qu'un humain et je ne peux le faire. Je tente de solidifier mes faibles protections, tentant de stopper la progression de ce manque. Mais lutter est dur, tellement dur. Je le vois grandir, lentement certes, mais toujours devenir plus imposant.

Je ravale un sanglot, ne voulant pas craquer dehors. Mes appels aux secours résonnent sans fin et personne ne les entend. Comme si je n'existais pas.

Un goût métallique se répand dans ma bouche, je viens de me mordre la lèvre un peu trop fort. Du bout de la langue je recueille les quelques gouttes de sang qui perlent. Je perds tant dans ce vide, alors je ne perdrai pas ça aussi.

J'ai du mal à tenir, seul, ici, sans ce qui me manque. Dans mes rêves je me vois heureux, comme dans un vrai paradis. Je n'ai plus ce sentiment horrible en moi. Il est enfin comblé. Mais j'ai beau chercher, je ne trouve pas la réponse à ce mystère. Et ça m'exaspère encore plus.

Parce que je ne me comprends même plus. J'ai l'impression d'être un étranger pour moi-même. Un corps vide, sans âme. Un corps qui vit ... ou plutôt survit.
Le monde autour de moi avance, progresse, mais moi je stagne. Comme dans ces vieux films en noir et blanc où le paysage défile derrière les voitures. L'acteur principal n'avance pas, c'est le décor. Et pour moi c'est pareil.

Je finis par me lever, voulant marcher, déambuler parmi les machines. Je ne regarde pas vraiment où je vais. J'avance juste, mon regard se baladant de navires en navires, de dockers en dockers, de containers en containers. J'aime trouver les détails chez chaque chose, le petit plus qui les rend unique.

Soudain je percute quelque chose qui court et me bouscule. Je relève un peu la tête et la tourne pour mieux voir la cause de mon déséquilibre. Mes iris rencontrent deux pupilles marron.

Un jeune homme vient de me rentrer dedans. Il doit avoir vingt-cinq ans. Une peau halée, bien bronzée, je me surprends à le détailler. Ses dreads sont attachées en queue de cheval, blondes foncé. Son visage masculin est extrêmement beau. De petites rides se dessinent sur son front, ses yeux noisette semblent me dévisager et sa bouche légèrement entrouverte me laisse deviner la langue qui joue avec son piercing au labret.

Mais je me perds dans ses yeux. Je m'y perds et je trouve ça agréable. Incapable de bouger, paralysé, je n'arrive même plus à parler. Et il semble être dans le même état.

Tout ce qui m'entoure n'a plus de sens. Plus rien n'existe, il n'y a que lui.

Lui ...

Les sons disparaissent, les odeurs s'évanouissent, le décor devient flou, le goût salé se dissout ... simplement lui.

« Tom !!! » Hurle un homme un peu plus loin.

Il se retourne, rompant le contact visuel, me ramenant brusquement à la réalité, bien trop violemment.

« La machine va pas tenir bien longtemps et y a le capitaine qui s'énerve contre Jost ! »

Il me jette un regard, comme si il hésitait entre y aller et rester, puis reprend sa course vers le groupe où règne une forte agitation. Normalement, je devrais retourner à mes occupations, mais mon regard reste accroché à cet individu.
Tom ? Si j'ai bien compris, il s'appelle Tom.

« Tom. »

Un simple murmure, inaudible probablement et un cri en moi. Il résonne et m'assourdit presque. Mais je ne m'en plains pas, parce que étrangement je trouve ce mot agréable à entendre.

Il arrive enfin devant les autres et commence à donner une multitude d'ordres que tous s'appliquent à exécuter à la lettre. Ses dreads se balancent au rythme de ses mouvements et je suis hypnotisé. Je le détaille, ne ratant aucun de ses gestes.

Et lorsqu'il se retourne vers moi dans un demi-tour très rapide, je baisse la tête et rougis. Cela faisait si longtemps que je n'avais pas ressenti tout ça. Cette chaleur qui combat le froid en moi, cette lumière qui éclaire faiblement mes ténèbres ... ce bien-être, le vrai.

Je relève un peu les yeux mais il s'est déjà retourné et parle avec un capitaine. Je voudrais encore croiser ses iris, une seule fois, même si c'est la dernière. Juste pour ressentir cette bouffée d'oxygène m'envahir. Mais il semble très occupé et m'a probablement oublié.

Je reprends ma marche, lui tournant le dos. Après tout, les rêves ça n'existe pas. Ce ne sont que des mensonges inventés pour que les enfants croient que la vie est belle. Et mes illusions de petit prince sont mortes depuis bien longtemps, depuis que je m'accroche au bord du précipice qui vit en moi.

Lentement, le soleil se couche, laissant la place à la lune. Une très faible pénombre, mélange entre lumière et ténèbres, illumine les docks. Un peu d'orange dans le ciel, reflet sur l'eau azur à certains endroits. J'ai parfois l'impression d'être sur une île déserte.
Je reviens sur mes pas, longeant de très près les containers, comme si j'essayais de disparaître dans leurs ombres.

« Euh ... Excusez-moi. »

Je cherche du regard la personne qui m'interpelle. Je finis par la trouver, adossée entre deux containers, les bras croisés.
C'est ... lui.

« Qu'est-ce que vous faites tous les jours sur les docks ? » Me demande-t-il. « Je vous observe depuis un moment et je n'ai pas compris ce que vous venez faire ici. »
« Vous êtes ? »
« Oh pardon. Je ne me suis pas présenté. Tom Trümper, responsable des docks. »
« Le grand patron ? »


Son rire s'élève et je frissonne. Est-ce lui ou simplement la brise ? Non, cette dernière est bien trop chaude pour que j'aie froid.

« Pas vraiment. Mais pas très loin », me répond-il taquin. « Et vous, qui êtes-vous ? »
« Bill Kaulitz et ... je suis coiffeur. »


Il se rapproche un peu de moi et je peux mieux le regarder. Il est encore plus beau que tout à l'heure. Des ombres se dessinent sur son visage souriant qui m'apaise.

« Et que fait un coiffeur sur les docks ? A la recherche de nouvelles coupes façon cheveux dans le vent ? »
« Je ... me promène. »
« Ce n'est pas trop l'endroit pour. »


Il regarde sa montre et je vois son visage s'assombrir.

« Je suis désolé mais je vais devoir vous laisser », dit-il en s'éloignant. « Mais je ne me trompe pas en disant à demain, non ? »
« Non »
, je murmure.

Et il disparaît derrière un container, me laissant seul avec mes pensées.



[...]



Cela fait plus de deux heures que je tente de trouver le sommeil. Je n'arrête pas de tourner dans tous les sens, virant avec mes pieds mes draps et les remettant sur moi quelques minutes après.
J'ai toujours eu besoin de quelque chose sur mon corps pour m'endormir.

Je jette un rapide coup d'½il à mon réveil qui m'indique deux heures du matin. Je grogne, soupire et ferme les yeux.
Mais dès que je fais ce geste, un visage apparaît dans mon esprit et m'empêche de dormir.

Brusquement, je me mets sur le dos et soulève mes paupières. Depuis que je l'ai vu je n'arrête pas de penser à lui.

Tom.

Pourquoi cet homme m'intrigue ? Pourquoi j'ai l'impression qu'il a quelque chose de particulier ? Et pourquoi je n'arrête pas de penser à lui !!?

Enervé, je finis par me lever pour aller dans ma cuisine boire un verre d'eau. En retournant à ma chambre, je passe devant mon bureau et je vois alors mon cahier de chansons ouvert. Je me stoppe et le regarde.

Depuis tout petit j'écris de nombreuses chansons, même si je sais pertinemment qu'elles ne seront jamais chantées. C'est juste pour mon plaisir. Il n'y a que moi qui les connaisse. Il m'arrive de temps en temps de les fredonner au salon, mais sans plus. Je déteste chanter en public. J'ai bien trop peur !

Je m'assois sur la chaise et attrape un crayon qui traîne. Rapidement les mots trouvent leur place sur le papier. Je ne réfléchis même pas à ce que j'écris. Faut juste que ça sorte.

Des mots toujours dans ma langue maternelle, des phrases que je ne comprends pas toujours.
Ma main bouge et forme les lettres sans que je sache le réel sens de tout cela. Quand je m'arrête enfin, mes yeux vagabondent sur le cahier.

Je parle de départ, de renouveau, un ciel s'ouvre et je suis avec quelqu'un. Lui ? Parce que c'est à Tom que j'ai pensé tout le long. Ce “nous”, est-ce lui et moi ? C'est étrange, j'en ai envie.
Et si j'écoute ces mots, je dois aller de l'avant. Mais comment ?

Danse de mots, mots qui dansent. Valse, rock, tango, les lettres se mêlent et s'emmêlent. Ma vision devient floue et je finis par m'endormir sur mon bureau.

Cette nuit là, je rêve de lui. Un rêve rempli de gris mais apaisant. Un rêve où il me sourit, il me parle et où je me sens bien. Je dirais même que je me sens entier, complet.

J'entends une voix, criarde, aigue. Je sursaute et me réveille par la même occasion.

« Bill je sais que tu es là !! Je t'attends depuis dix minutes ! Bouge ton cul !! »

Je cherche l'origine de la voix et me rends compte que c'est mon répondeur. Je me frotte les yeux et me redresse un peu. Ma meilleure amie continue de me crier dessus, m'intimant de me lever et de la rejoindre dans le quart d'heure qui suit.

Je m'étire et décide enfin de me lever. Mon regard s'attarde sur l'horloge dans mon salon et la fixe. Une alarme se déclenche en moi, je suis en retard. Aussi vite que je peux, je me change, me coiffe et me maquille.

Lorsque j'arrive enfin en bas de mon immeuble, Ania tape du pied et je me reçois une petite tape derrière la tête.

« Ben heureusement que je suis venu te chercher, sinon tu arrivais en retard chez les Harpen. Mais qu'est-ce qui m'a pris de demander à ce que tu m'accompagnes pour la préparer pour son mariage ? » Soupire-t-lle.
« Parce que je suis bon. »
« Encore heureux. Aller, grouille. On doit y être dans une demi-heure. »


Je monte dans une voiture du salon avec elle. Le chauffeur démarre et nous avançons dans les rues de Los Angeles, direction Beverly Hills. Dans le coffre, se trouve tout le matériel pour rendre la future mariée resplendissante.

Et c'est ainsi que je passe ma matinée à coiffer les demoiselles d'honneur et à les maquiller, aidant de temps en temps Ania qui a du mal avec la future Madame Harpen, cette dernière étant très exigeante.

Ma journée terminée, je demande au chauffeur de me déposer non loin des docks. Enfin je ne lui dis pas ça. Je lui donne juste un nom de rue. Je ne veux pas que l'on sache où je me rends et passe le plus clair de mon temps.

Comme je l'avais prévu hier, le soleil est de retour et les vêtements d'hiver sont retournés dans les armoires. Jupes, t-shirt, robes, shorts, tout le monde a sorti sa petite tenue. Je dois faire un peu tache avec mon pantalon noir, mes bottes, mon t-shirt rouge et mon long manteau noir. A vrai dire, j'ai du mal à sortir sans ce dernier. Si je ne l'ai pas, je me sens mal à l'aise, comme nu.

Le premier pied posé sur le béton et directement je cherche Tom du regard. Mais hier était la première fois que je le voyais. Peut-être est-il dans les bureaux. Alors j'ai peu de chances de le revoir.

Je marche tranquillement, faisant comme chaque jour. Avancer, regarder, penser, pour ne partir que tard dans la soirée.
Les heures défilent et je ne l'ai toujours pas vu. Pourtant hier, dans ses mots, il m'a laissé croire à une nouvelle rencontre. Ou alors je me suis fait des idées.

Je tape du pied dans un oursin qui n'a rien à faire ici, triste de ne pas le voir.

« Pauvre oursin ! Il ne vous a rien fait. C'est pas gentil. »

Je tourne la tête vers le propriétaire de cette voix et mon c½ur se gonfle de bonheur.

« Bonjour Bill », dit il d'une voix douce, la tête légèrement sur le côté. « Pas trop déçu de me revoir ? »

Je souris simplement et m'avance vers lui. Il est là.

On commence à se parler doucement, de choses banales. Puis il me demande si je veux bien marcher avec lui sur les quais. Bien évidemment j'accepte. Marcher avec lui, ici, tout en parlant, c'est le mieux que je pouvais attendre de lui.

Au fur et à mesure de la discussion, j'apprends qu'il a vingt-quatre ans, de deux ans mon aîné. Il vient d'être promu en grade et muté à Los Angeles depuis une semaine. Et, étrangement, pour la première fois depuis longtemps, je lui parle de moi avec envie. Je me dévoile un peu, gardant beaucoup de choses secrètes malgré tout.

Mais je me sens si bien ...

Les jours qui suivent, prennent une nouvelle touche de couleur. Chaque après-midi, je me rends aux docks et marche lentement. Je sais que Tom viendra me rejoindre dès qu'il le peut. Nous parlons beaucoup, donnant nos opinions sur les sujets. Mais même avec tout ça, cette sorte de complicité, nos vies restent secrètes.

Parfois je vois son regard se voiler, devenir triste et sombre, comme le mien l'est souvent aussi.

Voilà une semaine entière que nous avons ce rituel. Et je m'attache à lui de plus en plus. Et j'ai l'espoir fou que c'est réciproque. Nous sommes en train de marcher entre les containers, à l'abri des autres. Nos mains se frôlent par moments et je frissonne.

Soudain il s'arrête et me fait face, un regard sérieux se plongeant dans le mien. Il prend une grande inspiration, semblant vouloir me dire quelque chose d'important. Sa langue joue nerveusement avec son piercing et je lui souris pour l'encourager.

« Tu ... Tu voudrais bien ... venir ... manger chez moi ce soir », débite t'il à toute vitesse.
« Chez toi ? »

Je suis assez surpris de sa demande. Mais en même temps j'en suis tellement heureux que je n'arrive pas à calmer les battements de mon c½ur.

« Je sais que ce n'est pas comme le luxe de ton appartement. C'est petit mais ... »
« D'accord »
, je l'interromps

Un immense sourire illumine son visage et nous reprenons notre chemin. De loin, une femme avec une salopette lui fait de grands signes et il s'excuse, le travail l'attend.

Je ne lui en veux jamais de partir comme ça. Après tout, il passe du temps avec moi pendant ses heures de travail. C'est normal qu'il s'absente pour ça.

Alors que je suis seul, je m'approche d'une bitte et monte dessus, pieds joints. De là, j'ai l'impression de dominer la mer, l'immensité bleue. Je repense à ces derniers jours, ma rencontre avec lui ... et cette sorte de changement en moi.

La première personne à laquelle je pense en me levant est Tom et c'est exactement pareil lorsque je m'endors. En fait je pense constamment à lui. Et j'ai moins froid, moins mal. Je continue de m'accrocher désespérément au bord du vide et il me donne la force de continuer.

Envie de le voir encore. Espérer que si je lâche il me rattrapera.

Mais repenser à cette chose horrible me plonge à l'intérieur. Elle me pousse, essayant de me faire lâcher prise. Elle revient à la charge, plus violente qu'avant, plus forte et plus effrayante.

Je tombe à terre, les mains en avant, m'évitant la forte collision. Mais mes genoux heurtent le sol et je gémis de douleur. Je n'arrive plus à ouvrir les yeux, noir m'enveloppant, me consumant. Je me mets à trembler et croise mes bras dans une tentative de me réchauffer.

Plus je me rends compte de ma dépendance à Tom, et plus le gouffre essaye de m'attirer en lui.

« Bill !!!! »

Deux mains me soulèvent, me reposant sur mes pieds.

« Bill ! Bill ! »

J'arrive finalement à soulever mes paupières, et aperçois dans le flou de ma vue Tom. Je souris et me blottis contre lui. C'est la première fois que nous avons un contact aussi rapproché et je le sens se tendre contre moi.

Puis, un peu hésitant, ses mains se posent sur mon dos et tracent des cercles qui m'apaisent. Je niche ma tête dans son cou et soupire de soulagement.

Il ne me rejette pas.

« Je ne finis que dans une heure, tu rentres chez toi ou tu préfères m'attendre ? »
« Je reste »
, je souffle dans son cou.
« Par contre j'ai beaucoup de choses à faire. Mais je veux pas qu'il t'arrive quelque chose comme ce que je viens de voir. »

Je rêve où il s'inquiète pour moi ? Sa prise se fait plus forte, me serrant un peu plus contre son corps chaud.

« C'est rien. Je vais faire attention. »
« Promis ? »
« Promis. »


Il se recule un peu, rompant notre étreinte à mon grand désespoir. Il penche la tête un peu sur le côté et me sourit tendrement. Son visage commence à se rapprocher du mien et ses lèvres se posent sur mon nez.

« Pas de bêtises, ne ? » Me dit-il avant de partir pour travailler.

Pas mal chamboulé par ce qui vient de se passer, je m'assois sur la bitte et me masse les tempes. Je pensais arriver à la battre, la combattre. Je pensais être assez fort avec lui pour m'en débarrasser, la combler. Mais j'avais tort. Elle est revenue à la charge et j'ai cru que j'allais refaire une crise de panique, comme je faisais au tout début.

Mon regard dérive sur les dockers et je vois Tom s'affairer avec eux. Instinctivement mes yeux s'accrochent à lui comme le fait un naufragé à sa bouée de sauvetage. Tel un enfant accroché à sa mère, cherchant sa protection et sa chaleur.

Serais-je devenu autant dépendant de lui ?



[...]



Tom et moi sommes devant la porte de son appartement. Il cherche ses clefs dans ses grandes poches et a bien du mal. Je rigole doucement et il stoppe sa recherche, me fixant.

« Je préfère quand tu ris. »

J'écarquille les yeux alors qu'il retourne à la recherche des clefs.

« Elle était dans l'autre poche... », rigole-t-il.

Il ouvre la porte et je le suis. C'est vrai que ce n'est pas très grand, surtout comparé au mien. Mais c'est chez lui, il y a son odeur et son empreinte partout. Je retire mon manteau lentement, redoutant le moment où il me verra sans, les bras nus.

Très débile, j'avoue. Mais c'est comme si je me dévoilais un peu plus et je crains qu'il ne veuille plus de moi. Moi qui m'y attache. Moi qui ai besoin de lui. Moi qui ne pense même plus vivre sans lui.

« Vas-y, installe toi. Je reviens dans deux minutes. »

Je m'assois sur le canapé le bout des fesses au bord. Je détaille chaque chose chez lui. Quelques posters de stars, des photos de famille et des guitares. Dans un coin de son salon, toute une collection de guitares repose dans une vitrine. Admiratif, moi qui aime tout ce qui a attrait à cet art, je m'approche et effleure du bout des doigts le verre.

Elles sont belles. Comme lui. Je devine que chacune d'elles à un passé, un morceau de Tom. Une histoire pour chaque corde, et le tout forme sa vie.

« Ça te plaît ? »
« Oui. C'est beau. »


J'en montre une du doigt, une guitare sèche.

« C'est ta première non ? »
« Oui. Comment t'as su ? »
« Sais pas. Peut-être parce qu'elle semble usée. Ou alors parce qu'elle est au centre. »


Je le sens sourire derrière moi et je me retourne.

« Du spaetzle avec des dès de poulet, ça te dit ? »
« Du spaetzle ? Depuis quand tu t'y connais en nourriture allemande ? »
Dis-je d'un ton taquin.
« Mon beau-père était allemand. »

Son regard se voile nouveau de cette lueur sombre et triste.

« Il est mort y a deux ans », reprend-t-il.

Après m'avoir fait cette révélation plus que troublante, je le rejoins dans la cuisine où il sort les ingrédients. Je ne pensais pas qu'il avait vécu pareille épreuve. En plus il avait l'air d'être très proche de lui.

« Je t'aide ? » Je propose.

Il se retourne vers moi et me sourit. Mais je vois bien la trace salée sur sa joue, signe de la larme.

« Avec plaisir ! »

Dans un silence un peu étrange, nous commençons à préparer le repas. Tom ouvre le sachet de farine et cette dernière lui explose à la figure.
J'explose de rire. De la farine dans les cheveux et plein le visage, il est méconnaissable. Sa main va chercher de la farine et il me la lance dessus sans prévenir.

« Mes cheveux !!! » J'hurle.

S'en suit une bataille féroce avec les divers aliments qui nous passent sous la main.
Lorsque l'on s'arrête enfin, nous sommes recouverts d'un peu tout et n'importe quoi. Et le repas semble tombé à l'eau. Tom rigole en me montrant du doigt et je boude gentiment.

« On mange quoi maintenant ? » Je demande.
« Japonais ça te dit ? »
« Ouais. »


Il attrape le téléphone et appelle le petit restaurant non loin de chez lui, qui livre à domicile. Commande passée, il me juge de haut en bas, un sourire toujours moqueur sur le visage.

« Tu veux prendre une douche ? » Me propose-t-il.
« Euh ... oui. »
« Et changer de vêtements, ne ? Parce que sinon tu vas avoir peur de tout tacher. »
« Aussi. »


Je le suis dans son appartement, jusqu'à sa chambre où il me donne un t-shirt large qui pourrait me servir de chemise de nuit, ainsi qu'un pantalon léger, un peu large ... enfin pas comme les miens surtout.
Puis il m'indique où se trouve la salle de bain et me dit que je peux fouiller pour trouver une serviette et d'autres choses. Je m'y rends donc et prends une rapide douche.

Obligé de me démaquiller, mon crayon ayant coulé, j'hésite à sortir. Il ne m'a jamais vu comme ça. Je me regarde une nouvelle fois dans le miroir sur sa porte. Je ne me reconnais même pas.

Mes cheveux sont mouillés et plaqués, je ne porte plus aucune trace de maquillage et je nage dans ses vêtements. Timidement, j'entrouvre la porte. Tom est dans le salon, je l'entends jouer de la guitare.

Je m'approche doucement, sans faire de bruit. Il est penché sur son instrument, celui de ses débuts comme j'avais deviné. Sa langue sort légèrement de sa bouche, un air concentré sur le visage.

Je m'appuie sur l'encadrement de la porte et le regarde jouer. J'aime le voir plongé dans son monde, un beau monde. Ma tête repose contre le bois et mes bras sont croisés. Je ferme les yeux et me laisse emporter par la mélodie, il joue bien.

« Oh ! T'es là. »

Je sursaute et me cache à moitié. Je devais avoir une horrible tête. Je l'entends rire de l'autre côté et ses pas m'indiquent qu'il se rapproche.

« Montre-moi ta tête Bill. J'ai pas bien vu comment tu étais », continue-t-il de rire.
« Nan ! »Dis-je comment un enfant. « Suis horrible. »

Je me cache derrière une porte alors que Tom essaye de la pousser pour rentrer dans la pièce et me voir. Bien évidemment, il finit par gagner.

Je pose mes mains sur mon visage, ne voulant pas voir ses moqueries. Ses doigts viennent caresser les miens et les repoussent doucement. Il attrape mon menton entre deux doigts et me force à relever la tête. Aussitôt je détourne le regard.

« T'es très beau comme ça », me murmure t'il.

J'ose enfin plonger mon regard dans le sien, surpris par ses paroles.

« Surtout quand tu as de la farine sur le menton. »

J'écarquille les yeux et le repousse.

« Vas te laver, crétin !! Au lieu de dire des conneries. »

Il me sourit et s'exécute, disparaissant dans la salle de bain. Moi, je retourne dans le salon et m'assois en tailleur sur son canapé. Je repasse sur cette partie de mon visage qu'il vient de toucher et ses dires repassent en boucle dans ma tête.

Il me trouve beau. Très beau même. Je souris un peu bêtement mais reprends vite mes esprits. Je ne dois pas me faire de fausses idées. On peut trouver une personne belle mais ne pas être attirée par elle. Trop s'attacher n'est pas bon, trop espérer non plus.

Je ramène mes jambes contre mon torse et les glisse sous le t-shirt de Tom avant de les enrouler de mes bras. Mon menton se pose sur mes genoux et je fixe un point inconnu devant moi.

Un premier frisson me parcourt l'échine, puis un autre arrive, plus fort que le premier. Je commence à me mordre les joues pour retenir les larmes qui montent rapidement. Ma respiration se fait plus forte et mes expirations se calent sur le rythme des tremblements de ma bouche.

Vide en moi, froid en moi. Pourtant je suis entouré, pas seul et il fait chaud dehors. Mais dedans ... tout est si différent. Des spasmes me parcourent et je me laisse tomber contre l'accoudoir et le dossier. Calé dans un coin, je ne bouge plus.

Enfin, je décide de ne plus bouger. Parce que mon corps est encore tout contracté.
Une main se pose sur mon épaule et un visage apparaît devant moi.
Tom ...

« Bill ? Ça va pas ? Bill ? »

Fébrile, je lève les yeux vers lui et je vois toute sa peur. Je le supplie en silence de m'aider, le supplie de ne pas partir, de rester, et c'est ce qu'il fait. Il s'assoit à côté de moi et entoure mes épaules d'un de ses bras. Lentement, il me ramène contre lui et je me blottis.

« C'est rien, ça va pas passer. Chut. Calme toi. Chut. »

Les minutes qui suivent sont un vrai combat avec moi-même. Je dois me calmer. Lorsque j'y arrive enfin, je me relève un peu, frotte mes yeux pour chasser les dernières larmes et ose un regard vers Tom.

Ce dernier me regarde tendrement, d'un regard rempli de compassion.

« Tu as faim ? » Me demande t'il.

J'acquiesce en silence. Il se lève, va dans la cuisine et revient quelques minutes après avec le repas commandé.
Dans un silence angoissant pour moi, je commence à manger.

C'est la première fois qu'il me voit comme ça. Et j'ignore quelle est sa réaction.

« Bill. Je ... ça t'arrive souvent ... ça ? » Me questionne-t-il un peu hésitant.
« Oui. Pardon. »
« Non, c'est rien. C'est juste ... je m'inquiète. »


Je plante ma fourchette dans le morceau de viande et le tourne dans la sauce. Que répondre à ça ?

« C'est pas la peine. C'est rien », je murmure.

Tom lâche ses couverts et se tourne vers moi.

« Rien !!? Excuse-moi, mais ce n'est pas rien. Tu faisais à moitié une crise de panique Bill », s'énerve-t-il.
« Pardon. »
« Arrête de t'excuser ! Je ... tu veux en parler ? »
Se calme t'il.
« Y a pas grand-chose à dire. Je ... c'est juste que ... comme un gouffre un moi. J'ai parfois l'impression qu'il me manque quelque chose. »

Mes doigts viennent effleurer le bord du verre et tournent autour.

« Je sais pas ce que c'est mais ... enfin, j'ai l'habitude. Ne t'en fais pas pour moi. »
« Trop tard. Tu comptes déjà trop pour moi pour que je ne m'inquiète pas. »
« Mange, ça va être froid. »


J'en ai déjà beaucoup trop dit. Je déteste en parler. J'ai l'impression d'être encore plus faible. Alors je change vite de sujet de conversation.



[...]



Après ce repas, les liens entre Tom et moi sont devenus encore plus forts. Il tenta à diverses reprises d'en savoir plus sur mon problème, en vain. Je refusais d'en parler. Il n'y avait rien à dire en plus.

J'en appris un peu plus sur lui également, surtout par rapport à son beau-père. C'était lui qui avait appris à Tom la musique, enfant. Ils étaient vraiment très proches et lors de sa mort, Tom avait connu une grosse période de dépression. Depuis, il allait mieux. Mais restait toujours un manque en lui, celui de cette figure paternelle.

Tom comprit également mon besoin de venir sur les docks. On arrivait à se comprendre facilement en fait. Un regard, un geste, un faible murmure et tout était dit.

Depuis ce fameux soir, nous passons le plus clair de notre temps ensemble. Dès que je finis au salon, je vais aux docks où je sais que Tom me rejoindra. Et lorsqu'il termine son travail, nous nous rendons chez l'un ou chez l'autre. Ou alors nous allons au cinéma ou au restaurant. Tout notre temps libre est passé avec l'autre.

Sorties entre amis, soirées rien qu'à nous deux, pour nous, sans personne d'autre ... mais moi parfois j'espère plus.

Voilà presque un mois que nous nous connaissons et j'ai l'espoir totalement fou que je le garderai toujours pour moi. Là, je suis dans mon appartement, sans lui. On a bien passé un peu de temps ensemble, buvant un verre chez lui, mais j'avais une énorme lessive à faire et elle ne pouvait plus attendre.

Seulement tout ne se passe pas comme prévu. Je suis recroquevillé dans mon lit immense, sous ma couette. Les larmes dévalent sur mes joues et je gémis. Mon corps entier est parcouru de soubresauts, signes de ma faiblesse.

Faiblesse d'illusions, faiblesse invisible pour les autres, que je croyais disparue et qui pourtant est là et me ronge. Tel un parasite dans un corps, je la sens prendre de l'ampleur sur moi, rependre le contrôle.

Dans le silence de mes illusions de bonheur, elle s'est nourrie de mes espoirs, les réduisant presque à néant. Encore un peu et elle gagnera. Gouffre, vide, noir, froid. Mal, mal, mal. Besoin, besoin, besoin, ... besoin de lui. Parce qu'il est le seul à pouvoir m'aider.

Tom ...

Fébrile, je tends ma main vers ma table de nuit et tâtonne pour trouver mon portable. En main, je cherche avec difficulté le nom de Tom dans mon répertoire. Les larmes envahissant mes yeux ne m'aident pas.

Enfin trouvé, j'appuie sur la touche verte et porte le combiné à mon oreille. Une sonnerie, deux sonneries, trois sonneries.

« Allo ? »
« Tom »
, je gémis.
« Bill ? Bill ? Qu'est-ce qui y a ? »
« Tom. »
« Bill t'es où ? »


Je ravale un sanglot et tente de lui répondre.

« Chez ... chez ... chez moi. »
« J'arrive ! Tu bouges pas ! J'arrive tout de suite ! »


Je l'entends jurer contre une chaussure et puis plus rien. Le téléphone en main, je fixe l'écran, seul lien me raccrochant à Tom. A chaque fois que le rétro-éclairage s'éteint, je le remets aussitôt.

Je me concentre uniquement sur ça, sur Tom qui va arriver. Les minutes passent et toujours personne. Mais je sais qu'il va venir. Il faut juste qu'il arrive.

Soudain mon portable vibre et je décroche aussitôt.

« Bill ! J'arrive. Je me gare et je monte. »
« C'est ... ouvert »
, je marmonne.
« D'accord. Ne t'inquiète pas, je suis là dans cinq minutes. »

Mais cette fois il ne raccroche pas. J'entends la portière s'ouvrir et se fermer, le bruit de ses pas sur le trottoir. Puis il tape le code de mon immeuble, je lui ai donné. Une marche, puis deux. Il est en train de les monter en courant. Sa respiration est erratique.

Je me raccroche à ces stupides sons qui signifient tant pour moi. La porte d'entrée s'ouvre enfin et Tom m'appelle. Je fais un peu de bruit et il arrive rapidement dans ma chambre.

« Merde Bill !! »

Il me prend dans ses bras et me serre. Je passe les miens autour de son torse et m'y agrippe. Lentement, il me force à m'allonger et se met à côté de moi. Je calle mon corps contre le sien, cherchant sa chaleur et enfouie mon visage dans ses dreads.

Une main se pose dans mes cheveux et me masse le crâne alors que l'autre se met dans mon dos et trace des cercles pour m'apaiser.

Je ne sais pas combien de temps je reste comme ça, à serrer le t-shirt de Tom entre mes doigts et à essayer de chasser l'impression de chute en moi.
Je n'ai plus aucune notion du temps.

Mais la seule chose dont je suis sûr c'est que ça n'arrive pas à passer. Malgré qu'il soit là, j'ai besoin de plus. Je me recule un peu et Tom penche la tête sur le côté pour me regarder.

« Ça va mieux ? »

Je secoue la tête, la lèvre inférieure tremblante.

« Je ... je veux aller sur les docks », je murmure.
« Bill c'est pas une bonne idée. Y a une tempête qui se prépare dehors, tu le sais. Le temps est complètement déréglé depuis trois jours. »
« Je veux y aller !! »


Je me remets à pleurer fortement. Je me moque du temps. Il pourrait y avoir un cyclone que j'irais quand même.
Tom se lève et tends une main pour m'aider. On y va. J'enfile rapidement mon long manteau et sors de chez moi, derrière Tom.

Je continue de m'accrocher à lui, tenant sa main dans la mienne. Dans sa voiture je suis bien obligé de la lâcher mais dès qu'il le peut, il me caresse l'épaule, le bras ou la cuisse. Un faible contact, rapide mais qui me montre qu'il est toujours là.

A peine sommes-nous arrivés, que je descends de la voiture et me précipite sur les quais. Tom court derrière moi et tente de me rattraper. Je finis par me stopper en plein sur les quais, mon regard posé sur la mer déchaînée. Le vent souffle vraiment très fort.

Tom est juste derrière moi, à quelques centimètres. Je me recule un peu et colle mon dos à son torse. J'attrape ses bras et les enroule autour de ma taille. Un peu timide, il pose son menton sur mon épaule droite et ressert sa prise.

Mes tremblements ne se calment pas mais c'est différent. J'ai froid en fait. Mais je n'ai plus cette sensation de ne rien maîtriser.

J'essaye de me fondre un peu plus contre Tom, voulant gagner un peu de chaleur.

« T'es gelé Bill. Rentrons », me chuchote-t-il.
« Non. »
« Tu vas attraper la mort. »
« Je veux pas partir. Je veux juste rester ici avec toi. Je veux pas que ça revienne. »


Une larme tombe par terre et je renifle.

« D'accord. Mais ... »

Il se sépare de moi et je vois son piercing bouger. Il fait toujours ça quand il réfléchit.
Puis il m'attrape la main et l'on se dirige vers le poste de contrôle. Il y rentre et en ressors avec des clefs.

« Ce que je vais faire est illégal alors motus, ne ? »
« Hum, hum. »


On s'avance vers les containers et il s'arrête devant chacun d'eux, lisant les informations.

« Tu cherches lequel ? » Je demande.
« Celui qui est arrivé ce matin, de Chine. »
« C'est le cinquième, là-bas »
, dis-je en le montrant du doigt.

Il me sourit et nous avançons vers ledit container.

« C'est dingue. Je travaille ici et tu connais mieux les docks que moi », rigole-t-il.

Enfin arrivé devant le bon, il attrape le cadenas et insère une des clefs dedans. Il galère un peu pour l'ouvrir mais y arrive quand même. C'est surtout que le vent n'arrête pas de souffler dans ses dreads et les lui envoie sur la figure. Moi aussi je mange mes cheveux mais ça m'est égal.

« Reste dehors, je reviens tout de suite. »

Et il disparaît dans les ténèbres de fer. Le vent continue de souffler, ne semblant pas vouloir se calmer et l'absence de Tom commence à me peser. Les minutes s'écoulent et je me remets à angoisser.

Je décide alors de rentrer dans le géant de fer et de le rejoindre. Il fait très sombre dedans, il n'y a presque pas de lumière. Je vois une faible masse bouger, courbée, c'est Tom. Je m'avance doucement, ne voulant pas me blesser, quand je sursaute.

Je me retrouve dans le noir et une peur s'empare de moi.

« Tom. »
« Bill ? Je t'avais dit de rester dehors. »
« Qu'est-ce ... qu'est-ce ... »
« La porte vient de se refermer. Une grosse bourrasque je suppose. »
« Tom, t'es où ? »
Je gémis.

J'entends des bruits puis sens un corps m'enlacer. Une lumière vient éclairer la scène, lumière de son portable.

« On sort. »
« Bill ... euh ... on est enfermé. On peut pas ouvrir de l'intérieur. »
« C'est pas drôle, arrête. »
« Je mens pas. On est enfermé Bill. »
« Non, non, non, non »
, je marmonne en secouant la tête.

Deux mains se posent sur mes joues et bloquent mon visage. Tom ancre ses yeux dans les miens. La lumière est faible mais me permet tout de même de le voir.

« Calme-toi, je suis là. »

Pris d'une envie soudain, sans réfléchir, je pose mes lèvres sur les siennes et l'embrasse. Puis je recule et commence à m'excuser.

« Pardon, je sais pas ce qui m'a pris. Je ... pardon, pardon. Je suis désolé. C'était pas ... »
« J'ai rien dit »
, m'interrompt Tom.

Je m'arrête et le fixe avec doutes.

« Tu ... es ... »
« Bi. Je suis bi »
, continue-t-il. « Et toi gay, ne ? »
« Oui. Comment ? »
« Chais pas. Je le sens, c'est tout. »


Alors cela voudrait-il dire que j'ai une chance avec lui ?
Je ne me pose pas plus de question et me jette sur lui, posant voracement mes lèvres sur les siennes et le plaquant contre la paroi du container. Ma langue retrace le contour de sa bouche et je l'immisce à l'intérieur dès qu'il l'entrouvre.

Un baiser un peu sauvage s'en suit et il se sépare de moi à bout de souffle. Je vais pour le ré-embrasser quand il me stoppe.

« A ... attends. Je ... je veux pas être une vulgaire roue de secours. Je veux pas qu'on fasse ça parce que tu as peur et que tu veux aller mieux. »
« Pourquoi ? Qu'est-ce que tu veux toi ? »


J'espérais juste ne pas en venir aux questions embarrassantes et deviens alors un peu agressif.

« Toi, juste toi. Je ... je ressens quelque chose pour toi. Plus que de l'amitié. »

Il baisse la tête, probablement gêné par ses révélations. Et pourtant il ne devrait pas.

« Idem. »
« Quoi ? »
Dit-il en relevant la tête.

Par contre je détourne la mienne. Son regard perçant est trop dur à soutenir.

« T'as très bien entendu », je marmonne.

Sa main se pose sur ma joue et la caresse tendrement. Contraste avec ce qui vient de se passer avant. Douceur et chaleur en opposition avec le froid et la tempête de dehors.

Pris d'une nouvelle frénésie, je me colle à lui et l'embrasse passionnément. Je ne sais pas encore si je suis amoureux de lui. Je ne crois pas l'avoir été un jour. Mais je n'ai jamais été aussi proche de quelqu'un non plus.

Ses gestes sont tendres et je fonds littéralement sous toutes ses attentions. Il m'allonge délicatement sur une pile d'habits et se couche sur moi. J'attrape une manche d'un pull et cherche à comprendre pourquoi il y a autant de bazard.

« Je te cherchais un bon pull et qui te plaise », me murmure t'il à l'oreille avant de la mordiller.

Mes doigts se crispent et je gémis. Cette zone a toujours été très sensible. Je me contorsionne sous lui et commence à tirer sur son pull pour le retirer. Il s'assoit sur mon bassin et lève les bras alors que je lui retire ses trois couches. Torse nu devant moi, je déglutis.

Mais j'en veux encore plus, j'ai besoin de plus. Alors je commence à m'attaquer à son pantalon. Mais ses mains me stoppent et m'obligent à les enlever.

« On a tout le temps. »

Je remue le bassin pour lui faire comprendre mon impatience et il rit. Rire d'un ange, de mon ange. Rire envoûtant qui brise mes dernières barrières. Je n'en peux plus.

Je me jette sur lui et renverse la situation. Sa tête heurte un peu le sol et je l'embrasse pour m'excuser tandis que mes mains s'affairent à retirer mes habits. Manteau, t-shirt, pantalon, baskets et chaussettes se mêlent bien vite aux autres vêtements, se perdant dans la masse.

Les mains de Tom s'amusent à parcourir mon corps, caressant ma peau qui frissonne. Ses doigts descendent toujours plus bas et je mords sa lèvre car il va bien trop lentement à mon goût.

« Sshh », siffle-t-il.

Je presse mon érection contre la sienne pour activer un peu les choses et commencent à bouger contre lui. Nos virilités se frottent à travers nos vêtements et nos respirations deviennent haletantes. L'air se charge d'humidité et lorsque Tom coince mes jambes entre les siennes et d'un coup de bassin me retourne, je crie carrément.

Il attrape mes poignets et lève mes bras pour me les bloquer au-dessus de ma tête. Je grogne et tente de me défaire de son emprise, en vain. Même avec une seule main il y arrive.

« Tom. S'il te plaît ... »
« Ben tu vois c'était pas si compliqué »
, répond il avec un sourire de vainqueur.

Je vais pour répliquer, mais sa main attrapant mon érection et la masturbant, me bloque. Seul un son rauque sort de ma bouche.

« Dé ... Dé ... déshabille-toi. »

Et là, contre toute attente il se redresse, me laissant seul au sol.

« Fais-le. »

Sa voix m'électrise et je me mets à genoux pour retirer son pantalon. Tout en faisant bien attention de ne pas toucher son sexe, je défais la ceinture et fais glisser son baggy et son boxer. Au passage il en profite pour retirer chaussures et chaussettes.

Son érection se dresse devant moi et je me lèche les lèvres d'anticipation. Lentement, je souffle dessus et Tom retient un gémissement. Une de ses mains se pose sur ma tête et me fait comprendre ce qu'il attend.

Mais je veux quelque chose d'autre. Alors je retire mon dernier vêtement et m'allonge, écartant les jambes. Je suis très provocant quand il le faut.

La faible lueur qui éclaire la scène rend ma position encore plus excitante, je le sais.
Tom se couche sur moi, entre mes jambes et m'embrasse. Nos corps glissent l'un sur l'autre, la sueur nous aidant.

Son sexe se met entre mes cuisses et il continue ses va-et-vient. Il cogne contre mes bourses, peau très sensible à cet endroit et je tire sur ses dreads, n'en pouvant plus. Ses doigts entrent et sortent en moi, me préparant et je gémis d'impatience.

« Tom ... Vas-y. »

Son gland tape contre mon entrée et je me cambre. J'en ai tellement envie. Je presse mes lèvres aux siennes alors qu'il entre lentement en moi. Je sens mes chairs s'écarter et une faible douleur naît dans mes reins. Je plante mes ongles dans ses épaules et entoure son bassin de mes jambes.

Son regard planté sur moi, je devine qu'il fait attention à ma douleur. Et j'ai trop peur qu'il se retire pour m'empêcher de souffrir. Une larme coule et il l'essuie de son pouce en arrêtant sa progression.

« T'as mal ? »
« No ... Non, ça va. Tu ... tu me laisses pas, hein ? Tu m'abandonneras pas ? »
Je sanglote.
« Non. Tant que tu voudras de moi, je serai là. »

Et je lis dans ses iris toute sa sincérité. C'est à ce moment là qu'il entre entièrement en moi.
Commencent alors quelques va-et-vient, lents, doux. Mais je lui impose rapidement un rythme plus soutenu et il me suit.

Ses grognements m'excitent au plus au point et son sexe pulsant contre les parois de mon intimité me fait hurler. J'hurle et commence à me masturber, la douleur dans mon sexe étant insoutenable. Sa main rejoint la mienne et il mêle ses doigts aux miens, me masturbant en même temps. Je ne décide même plus du rythme, je suis juste ses mouvements.

Je me sens enfin comblé, entier et n'ai plus ce vide en moi. Ma place est uniquement là, dans ses bras, dans son amour. Je n'ai plus froid mais immensément chaud. Il n'y a plus de noir mais des millions d'étoiles devant mes yeux.

Je suis plus fort qu'avant et je vois la vie à travers lui, à travers son amour et sa tendresse, à travers sa fougue et son désir ... à travers son c½ur.

Oui, le désir monte au plus haut des sommets pour pouvoir toucher les étoiles et la lune, pour pouvoir toucher le plus haut des ciels. Saurai-je tendre la main et m'accrocher pour ne plus tomber ?
J'espère.

Alors que je crois fort en nous, je sens l'orgasme arriver et exploser entre nos deux corps. Mon corps se serre de toute part d'un plaisir foudroyant. Et puis cette chaleur en moi, celle de Tom qui me suit au septième ciel.

Il s'écroule sur moi, sa respiration erratique, comme moi. Je ferme les yeux et entoure son corps tremblant de l'orgasme, de mes bras.



[...]



Un bruit sourd me fait sursauter. Le poids sur moi bouge et se réveille aussi.

« Tom ! On s'est endormis. »

Il se lève et le jour filtrant à travers les gonds nous permet de mieux voir le bazar que nous avons mis. Il rigole un peu en cherchant ses habits et s'habille. Je fais de même, frissonnant, nu.

« Je sens que ça va être ma fête si quelqu'un apprend ça. »

Il tape contre la porte à diverses reprises. Moi je n'ose pas faire quoi que se soit. Si on en est arrivé là, c'est de ma faute tout de même. C'est moi qui ai voulu aller sur les docks, c'est moi qui ne me suis pas bien vêtu, c'est moi qui suis rentré dans le container et c'est moi qui ai embrassé Tom en premier.

Au bout de plusieurs minutes, une personne vient nous ouvrir. Gênés, nous sortons sur ... un pont !!
Les docks ont disparu pour laisser place à ... un immense bateau.

« Il devait partir ce matin, ne ? » Me chuchote Tom.
« Oui. »

J'avais oublié !!

La mousse nous emmène voir le capitaine et par chance, Tom et lui se connaissent un peu. Alors on n'aura pas de problèmes.

Je me retrouve accoudé au bastingage, mon amant collé à mon dos, ses bras autour de ma taille. Nos regards se portent sur l'horizon.

Après tout, ce n'est pas plus mal de quitter cette vie qui ne m'allait pas. Je vais en construire une nouvelle avec lui, une vie rien que pour nous, à nous. Une vie avec un “nous”.


FIN.

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(1) : Trad de House without ware: Maison sans articles.
(2) : Trad de Warehouses : Docks.

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Le petit mot de Sinièn :

"Voilà un Os qui se rapproche bien plus de mon style d'écriture pour ceux qui ne me connaissent pas.
J'espère que ça vous plaira quand même et j'attends vos avis avec impatience.
D'ailleurs Méra, fait moi un com digne des bananes, ne ? xD"

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N'oubliez pas de soutenir nos Auteurs en leur laissant plein de ces commentaires géniaux dont vous avez le secret !

Bizoux !

# Posté le mercredi 21 mai 2008 16:11

Modifié le mercredi 14 janvier 2009 15:43

OS Twincest - " ... " / Par Sinièn.

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OS Twincest

" ... "

Par Sinièn.

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L'idée de didilove37 :

Tom est un jeune revendeur de drogue qui a pris pour un an de prison. N'ayant pas de famille qui pourrait lui rendre visite il décide de passer une annonce dans le journal pour correspondre avec quelqu'un.
Bien sûr cette personne sera Bill, qui l'aidera a avoir une vie normale après sa sortie de prison...

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# Posté le dimanche 25 mai 2008 11:23

Modifié le mercredi 14 janvier 2009 16:31

OS Autres Couples - " Provocation. " / Par Yuliie.

OS Autres Couples - " Provocation. " / Par Yuliie.
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OS Autres Couples

" Provocation. "

Par Yuliie.

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L'idée de Apéricub :
Georg et Bill se haïssent a un point inimaginable mais aiment beaucoup se chercher, s'énerver mutuellement, jouer avec les nerfs de l'autre... Et au cours d'une de leurs disputes, les choses prennent une tournure inédite... très sexuelle.

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Je baille pour la énième fois depuis le début du cours, je vais m'endormir, c'est pas possible autrement, sérieusement je vois pas d'autre issue au problème. C'est pas croyable d'être aussi soporifique ! J'avais jamais vu ça et pourtant j'en ai eu des profs chiants mais celui-là c'est le pompon. Il obtient haut la main la palme de la pénibilité. Ce chargé de travaux dirigés a complètement loupé sa vocation, j'vous l'dis moi. C'est pas prof qu'il devrait être, mais somnifère. Oui, oui, somnifère professionnel. C'est un concept à lui tout seul ce mec, il arrive dans la salle de cours, parle dix minutes, et voilà, la moitié, voir les trois quart de la classe qui roupille. J'suis persuadé qu'il pourrait se faire une fortune. Mais en attendant, c'est pas humain d'être aussi chiant. Déjà que le droit des obligations c'est moyen passionnant, mais si lui en plus s'y met...on n'est pas sorti.

Je suis affalé à moitié sur ma chaise, à moitié sur ma table. J'peux pas faire autrement ! C'est juste impossible de pas s'écrouler dans ces conditions. Heureusement que ma main retient ma tête sinon je crois que je me serais déjà mangé trois ou quatre fois la table. Et ça le fait moyen quand même.

J'sais pas si j'deviens parano ou quoi mais je crois bien que le Temps est contre moi. Parce que ça fait au moins une heure qu'il est 15h45. Sans exagérer. A tous les coups on est tombé dans un espace temps parallèle où chaque minute dure en fait une heure.

J'en suis là de mes réflexions fort rationnelles quand j'entends, comme ça en passant, jeté au hasard je présume, mon nom.

« M. Kaulitz ? »

Je lève péniblement les yeux vers l'autre âne et soupire à fendre l'âme de toute la populasse qui se masse dans cette fac.

« Oui ? »

Il pince les lèvres.

« J'imagine bien que contempler votre montre doit être bien plus intéressant que de suivre le cours... »

Je le coupe.

« En effet, mais il aurait été impoli de ma part de vous le faire remarquer »

Il commence à devenir rouge. Trop fort ! Quand il s'énerve, il change de couleur, comme les Pokemons. Je perçois quelques mouvements autour de moi, avoir brisé la litanie de l'autre andouille a du en réveiller quelques uns.

« Hum...soit. »

Non mais je rêve, il vient d'un autre monde lui. Il doit avoir vingt-cinq piges et il parle comme un papy. De toute façon, j'aurai du m'en douter, quand on s'habille comme ça, on vient forcément d'ailleurs, si vous voyez ce que je veux dire...J'vous dresse le tableau, imaginez...Attention, les âmes fashionistiques sensibles sont priées de quitter les lieux quelques instants.

Imaginez des mocassins en daim avec des espèces de pompons à frange dessus, des chaussettes de tennis blanches, un pantalon en velours côtelé orange trop court (évidemment sinon c'est pas drôle) et pour finir une chemise rayée ... horizontales les rayures, dans les tons bleus. Trop de mauvais goût tue. On devrait faire des campagnes de pub pour ça. C'est vrai quoi. Ce mec à lui tout seul c'est un outrage à la mode. Bref, je m'égare, revenons à nos moutons.

« Dites-moi, M. Kaulitz, si je vous parle de l'article 1382 du Code civil, ça vous évoque quoi ? »

Je plisse les yeux et fais mine de réfléchir.

« Je dirais que cet article...est après le 1381 et avant le 1383 »

« Oui, mais encore ? »

« Hum que dire... »


Je sais exactement de quoi parle cet article, mais j'ai envie de l'embêter. C'est trop facile et si ça peut faire passer deux ou trois minutes de cours...c'est toujours ça de pris.

« Il doit être composé de mots en tout genre, noms, verbes, déterminants, voir même éventuellement adverbes, mais là, j'émets tout de même quelques réserves»

« Très pertinent M. Kaulitz, très pertinent. Continuez comme ça, vous êtes sur la bonne voie. »
Puis il s'adresse de nouveau à toute la classe. « Bon alors l'article 1382 traite évidemment de la responsabilité civile... »

Et le voilà reparti dans son blabla sans fin...

Je regarde ma montre, encore 10 minutes à roupiller.



[...]



Les mots tant attendus résonnent enfin dans la pièce : « C'est fini pour aujourd'hui, n'oubliez pas le commentaire de l'arrêt Frank pour la semaine prochaine ».

Je m'étire en baillant, histoire de sortir de mon demi sommeil, range mes affaires, me lève et quitte la salle. Je retrouve mes potes dehors et nous nous rendons vers l'amphi principal pour notre prochain cours. Je suis en train de parler de mes projets du week-end à Max quand j'entends une voix que je connais bien lancer à travers le couloir bondé :

« Bein tiens, v'là l'autre tapette »

Bein tiens, comme il dit, j'avais oublié qu'il existait celui-là. Je lève les yeux au ciel et soupire. D'habitude je réponds mais aujourd'hui, j'suis pas d'humeur, franchement pas, y'a rien de spécial mais y'a des jours comme ça...Bref, il m'agace. Je ne relève pas et continue à marcher en parlant à Max. Il ne se passe pas trois secondes sans que je me fasse éjecter par un coup d'épaule venant de ma gauche. Genre pas la petite bousculade, hein, non non, le gros truc qui me fait, sans que je touche le sol, traverser latéralement (soyons précis) la moitié du couloir et m'écraser sur un mur foutrement dur.

Je me rétablis tant bien que mal sur mes jambes, lui lance mon regard le plus noir et siffle entre mes dents :

« Espèce de bâtard »

Il éclate de rire, imité par les abrutis qui l'entourent.

« Quel vilain mot dans la bouche d'une si jolie demoiselle » et il rigole de plus belle. Pfff, pathétique.

« Hé, l'attardé, ça te dirait pas d'évoluer un minimum ? Parce que tu sais que t'es léger lassant là ? T'en as toujours pas marre de ce genre de blagues ? »

On se « connaît », enfin on est dans le même bahut depuis le lycée, depuis la terminale plus précisément, et le genre de scène à laquelle vous venez d'assister, ça fait trois ans qu'il me les impose, il m'attaque, je me défends, enfin j'essaye hein, mais ça faut pas qu'il le sache. Je vous explique, j'ai jamais eu un look passe-partout, c'est même plutôt le contraire, et le fait qu'il soit de notoriété publique que mon truc à moi ça soit plus les mecs que les filles, bein forcément, c'est facile et amusant à attaquer pour ce genre de mec.

Oui parce que l'autre andouille qui me cherche là, c'est le style de gars bien populaire, qui se déplace en bande, un peu le genre capitaine de l'équipe de football dans les films américains. Bref, vous voyez le topo, beau gosse, entouré de gogols décérébrés, de jolies filles gloussantes, qui se fout de la gueule des autres, surtout des marginaux, vous mélangez le tout avec une bonne dose d'homophobie, et vous obtenez Georg Listing.

Georg, il a un prénom qui se vomit ce mec. De toute façon il me donne la gerbe. Notez que j'avais rien contre lui à l'origine, j'le trouvais même mignon, mais il m'a pas laissé le choix, avec sa troupe de glandus, j'ai été obligé de me rebeller (enfin bon, c'est un bien grand mot quand même), j'me laisse juste pas faire. Manquerait plus que ça.

« OuhhhhOuhhhh » il fait monter sa voix dans les aigus en se tortillant de façon ridicule. « Mademoiselle est vexée ? »

« Ta gueule, Georg, franchement ta gueule » je commence à être de vraiment mauvaise humeur.

« Bein qu'est-ce qu'il se passe, t'es de mauvais poil ? Tu t'es pas pris ton quota de bites dans le cul ce week-end? » Rire gras, suivi de ceux de sa bande de glands ambulants.

Je serre les points, allez hop, comme on dit, la meilleure défense c'est l'attaque.

« Oh, t'es jaloux mon grand, t'aurai bien voulu me la mettre hein » Son sourire retombe.
« Remarque je te comprends, ça ne pourrait être que meilleur, quand je vois ce que tu te tapes » dis-je en montrant du menton la poufiasse blonde qui se tient à côté de lui et dont le visage se décompose.
« Enfin, moi je dis ça, je dis rien... », je laisse passer une seconde, « mais j'le dis quand même ».

Ahahah, il est tout rouge, lui aussi il doit avoir du sang Pokemon. Le silence s'est fait autour de nous, mes potes ne disent rien, les siens ne rigolent plus, ils attendent. Je suis peut-être allé un peu loin là quand même. On est face à face, c'est limite si on n'entendrait pas une musique du style western et qu'on ne verrait pas une boule de paille séchée passer entre nous. J'ai envie de rigoler quand je vois sa tête, j'ai l'impression que ça tourne à dix mille dans son cerveau. Soit il a pas compris ce que j'ai dit, soit...

AÏE ! J'ai même pas eu le temps de réfléchir et de réagir que l'autre brute m'a sauté dessus et m'a foutu un coup dans le nez. PUTAIN ! Ca fait mal ! Mais quel connard ! Il m'a frappé ! Je le crois pas ! IL M'A FRAPPÉ ! Cet enfoiré m'a bastonné ! Ah non, mais là c'est juste pas possible, j'vais pas me laisser faire par cette espèce de limace brushinguée !

Ce qu'il se passe après, je ne me l'explique pas trop. Je crois que mon instinct a pris le dessus. Résultat, je lâche mon sac et me retrouve à m'élancer vers lui, le frapper là où je peux, déséquilibré, il tombe, je sais pas comment je me débrouille mais je tombe avec lui, de façon tout à fait ridicule, je vous l'accorde. Bref, on est en train de se foutre des coups, quand je sens des mains m'attraper par les épaules, me tirer en arrière et me relever. Je me retrouve assis par terre à deux mètres de lui. Il a l'air en fureur, ses yeux brillants, son tee-shirt relevé sur son ventre, ses cheveux en bataille. Remarquez, je dois pas être mieux. Putain, il m'a fait mal l'enfoiré.

« M'approche plus jamais, me parle plus jamais, espèce de sac à foutre ! » me crache-t-il.

Putain ! Mais c'est pas croyable ! Il a un de ces culot ce mec ! Je me relève rapidement et repart vers lui, je vais lui arracher la gueule, je vais lui faire bouffer ses cheveux, je vais lui arracher les yeux et lui enfoncer dans la gorge ! Je n'ai pas le temps de faire vingt centimètres, qu'on m'attrape de nouveau par les épaules.

« Bill ! Arrête ! » M'ordonne Vadim. « Il en vaut pas la peine ! T'attires pas d'emmerdes à cause de ce connard ! »

Je ne dis rien, j'ai une énorme boule de colère qui tourne dans mon ventre, mes poings sont serrés et mes ongles s'enfoncent tellement dans ma peau que je vais avoir des marques pendant un moment je crois, je suis tellement en colère que des larmes de frustration et de rage me montent aux yeux. Oui, bon là il est temps que je me tire, hors de question qu'il voit ça. J'attrape mon sac, fais demi-tour et part loin de lui.

Putain ! Mais ça devrait pas m'atteindre comme ça, ça devrait pas m'emmerder comme ça ! Pourquoi je fais attention à ce qu'il dit ? A ce qu'il pense ? Pourquoi je fais toujours attention à ce que tout le monde pense ?

Je vois tout trouble, j'ai les yeux noyés dans mes saloperies de larmes. Je suis en colère contre lui et contre moi, que ce genre de conneries puisse encore me toucher. Je marche un moment, jusqu'à l'autre bout de la fac, là où il n'y a pas grand monde. Je tourne à droite, puis deux fois à gauche et pousse une porte sur laquelle est apposé un petit pictogramme noir représentant une silhouette qui se veut masculine.

Comme prévu, je suis seul. Il n'y a presque personne qui vient ici. Je pose mon sac à côté d'un des lavabos blancs et lève les yeux vers le miroir. Euille. Catastrophe. Mes cheveux sont en vrac, complètement en vrac, mon maquillage s'étale partout sauf là où il faut, mon nez a saigné et ma pommette droite est en train de bleuir légèrement. Merde, merde, merde ! Bon, faut arranger ça. Je fais couler l'eau et enlève le sang qui a coulé. Je m'essuie les mains sur mon jean et fouille dans mon sac. Un coup de brosse et ça va déjà beaucoup mieux. J'enlève le surplus de maquillage avec mes doigts et sors une petite trousse noire, en trois coups de crayons j'arrange le bordel. Je me regarde, satisfait, je suis un peu plus présentable. J'approche mes doigts de ma pommette et grimace quand je l'effleure. Il m'a pas loupé l'enfoiré.

Je range mon bazar et vais dans une cabine histoire de faire ce que j'ai à faire quand j'entends quelqu'un rentrer. C'est pas possible ! Impossible d'être tranquille ici ! Je finis de faire mes petites affaires et sors en m'apprêtant à fusiller des yeux quiconque rencontrerait mon regard histoire de lui faire comprendre que ça ne me dérangerait pas de le voir dégager et que je voudrais être seul.

J'ouvre violemment la porte, style je-m'impose-t'as-peur-et-tu-dégages. Sauf que sous la surprise, je la laisse cogner contre mur sur laquelle elle est fixée et qu'elle me revient quasiment dans la tronche. Dieu merci, je l'arrête dans un réflexe inespéré de ma part avant qu'elle ne vienne s'écraser contre mon magnifique faciès. Il serait tout de même dommage de l'abîmer. Bref, je vous disais donc que j'ai été surpris. Forcément, puisque en face de moi, dos à moi, face au miroir se trouve...j'vous le donne en mille...le blaireau ! Je m'étais calmé et lui...il arrive. Là, dans MES toilettes ! Cette raclure de bidet dans MON endroit. Bon j'exagère peut-être un peu.

« Bein tiens... » murmure-t-il en me regardant dans le reflet du miroir.

« La fac est pas assez grande pour que tu viennes ici ? », je suis un peu irrité, pourquoi est-il là ?

« Ca t'est pas réservé à ce que je sache ? »

Bon dieu, qu'il est arrogant ! Il m'agace, il m'agace, il m'agaaaaace.

« Non, mais t'es amoureux ou quoi que tu me colles tout le temps ? » je réponds en ricanant.

« Ferme-la », sa voix claque.

Ouhla, il a pas l'air content, allons-y, titillons, titillons.

« Attends, je me pose des questions moi. T'es toujours en train de me chercher, de venir me parler. Bon parler est un bien grand mot, tu viens surtout m'insulter. Alors, je m'interroge. »

Je parle doucement, d'un air détaché en avançant nonchalamment

« Ferme-la ! », sa voix se fait plus forte.

Je continue en me dirigeant vers la sortie. Je ne tiens pas à me battre une deuxième fois aujourd'hui.

« Te vexe pas mon grand ! Je comprends que ça puisse être déstabilisant hein mais t'as pas besoin de t'acharner sur moi... »

Plus ironique tu meurs.
Peut-être un peu trop ironique d'ailleurs.
Oups.

Il se tourne vers moi, quittant le miroir des yeux et s'avance à grands pas en ma direction. Il a l'air furieux, vraiment furieux. Son regard est tout sauf amène et ses sourcils sont froncés. Je commence à flipper en le voyant s'approcher de plus en plus, l'air déterminé et surtout l'air prêt à m'en mettre un bonne, alors je recule, évidemment, je tiens à ma vie moi, et forcément il y a cette idiote de porte qui bloque ma progression furtive vers ma survie éventuelle. Ouhla. Si vous voulez mon avis, là, ça pue pour moi.

Il attrape mes poignets, les relève de chaque côté de mes épaules et les plaque durement contre la porte. Il me fait mal. J'essaye de me détacher de son emprise mais même si je suis grand, je ne suis pas vraiment costaud et face à lui on va dire que je ne fais pas le poids.

Il est à une vingtaine de centimètres de moi. Il me regarde, dans les yeux. Je ne comprends pas, je n'arrive pas à déchiffrer son regard, on dirait qu'il est en colère... mais il y a aussi... autre chose, quelque chose d'assez indéfinissable. Je crois qu'il envie de me mettre un coup de tête monstrueux, mais qu'il ne va pas le faire, je sens qu'il ne va pas le faire.

On reste là, plusieurs secondes, plusieurs minutes, je ne sais pas. Je ne dois pas bouger, je le sens, pourtant j'en ai envie, ou pas, je ne sais pas. Flippant. Dérangeant.

Il me regarde toujours, ou peut-être que c'est moi qui le regarde, enfin bref on se regarde.

Ca devient un peu déstabilisant tout ça. Je sais pas quoi faire moi !

Je finis par baisser les yeux, ça commence à me perturber un peu cette histoire. Sauf que j'ai pas le temps de voir le sol, qu'il se passe quelque chose de très TRÈS TRÈS bizarre.

Il m'embrasse, là, paf, comme ça.

Et je vous avoue que sur le coup, je ne réagis pas vraiment. J'en suis comme qui dirait comme deux ronds de flan.

J'ai les yeux grands ouverts, essayant quelque peu d'analyser ce qu'il se passe. Prenons les choses de façon rationnelle, le mec qui me déteste le plus au monde m'embrasse. Il a ses lèvres posées sur les miennes. Il tient toujours mes poignets collés à la porte. Je suis très légèrement désappointé.

Je sursaute en sentant sa bouche s'ouvrir doucement et sa langue venir timidement toucher mes lèvres closes. Et là, me demandez SURTOUT PAS pourquoi, mais elles s'écartent doucement, pour le laisser passer, ma langue s'avance timidement et rencontre la sienne.

Je crois que c'est le signal. Quel signal ? Je ne sais pas. Tout ce que je sais, c'est qu'à partir de ce moment là, tout part en grand n'importe quoi.



[...]



Si leur baiser était hésitant, timide au début, maintenant c'est tout le contraire. Il est violent, sans aucune douceur, les langues se battent, se livrent à un duel sans pitié, s'enfonçant loin dans la bouche de l'autre, les lèvres s'écrasent, les visages s'entrechoquent, les souffles s'accélèrent.

Georg lâche brusquement les poignets de Bill pour attraper ses hanches et coller leurs bassins, il s'accroche durement au jean du brun, ne lui laissant aucun moyen de s'échapper de l'étreinte.

Bill ne se pose plus de question, son corps réfléchit seul, à sa manière et répond à l'appel de celui qui lui fait face. Ses mains viennent se perdre dans les cheveux de Georg, rapprochant encore plus leurs visages, approfondissant encore plus ce baiser. C'est violent, fort, sans aucune retenue. Juste l'expression d'une attirance inattendue, impossible et sûrement trop longtemps contenue.

Les bassins commencent à onduler, à se frotter l'un contre l'autre sans délicatesse, Bill sent une vague de chaleur lui parcourir le ventre, pour se concentrer tout en bas de celui-ci. Son sexe commence à durcir. Et avec surprise encore une fois, il constate que Georg n'est pas en reste.

Leurs mains se baladent sur le corps de l'autre, s'insinuent sous les tee-shirts, glissent sur les peaux échauffées. Les érections se rencontrent, leur arrachant des gémissements.

L'instant est irréel, inattendu et l'atmosphère de lieu commence à être brûlante. Le souffle chaud de l'un effleure le visage de l'autre. Des perles de sueur commencent à se former sur leurs fronts, leurs tempes, dans le bas de leur dos. Les mains de Bill passent sous le jean de Georg, se placent sur ses fesses, et l'attirent vers lui, le rapprochant encore plus si c'est possible, le plaquant contre lui, ses doigts s'enfonçant dans la partie connotée et charnue.

Brusquement, Georg se détache des lèvres de Bill, colle son front au sien, les yeux toujours clos.

« Connard... »

« Quoi ? »

« J'ai envie de toi »

« Je le savais »

« Ta gueule. »


Les mots sont difficiles, les respirations saccadées, leurs poitrines se soulèvent rapidement, leurs sexes gonflés et durs sont collés l'un contre l'autre.

Le baiser reprend, toujours aussi passionné, toujours rude et impétueux.

Bill s'impatiente, car bordel, lui aussi il en a envie. Il ne sait même pas pourquoi. Ne cherche pas à savoir. Tout ce qu'il sait c'est qu'il a envie de sexe, maintenant, avec Georg.
Il prend alors les choses en main, passe à nouveau ses mains sous le tee-shirt du châtain et le soulève pour lui enlever.

Il gémit en voyant ce qu'il n'avait encore jamais vu. Georg torse nu. Violent. Beau. Très beau. Putain de sexy. Putain d'excitant. Il reste un moment sans rien faire, admirant juste. Il revient à la réalité en sentant des mains s'attaquer à sa ceinture. Des mains maladroites, rendues malhabiles par l'envie, qui effleurent la braguette tendue, sous laquelle palpite le désir. Ses gestes gauches finissent par venir à bout de la boucle récalcitrante. Rapidement il ouvre le premier bouton du jean et tire sur les deux pans de tissu rêche.

Brusquement Georg colle à nouveau ses lèvres à celles de Bill, sans ménagement, presque violemment puis plonge sa main dans le jean largement ouvert. Le brun gémit sans retenue en sentant cette main se poser sur son sexe et commencer à le caresser durement par-dessus le tissu fin de son sous-vêtement.

Leur baiser ne s'interrompt que lorsque Georg fait passer le tee-shirt de Bill entre eux. Il ferme les yeux un instant, sa respiration se fait plus forte, la vision de Bill, torse nu devant lui semble avoir un effet assez dévastateur sur lui. Il a l'air hypnotisé. Son sexe gonfle de plus belle, compressé dans ses vêtements.

Doucement, il lève sa main vers le visage du brun, retrace le contour de sa mâchoire, descend dans son cou, s'attarde un moment à la naissance de celui ci, puis poursuivant sa progression, elle effleure le téton, frôle les abdos naissants... Le moment est lent, sensuel, plein de grâce, Bill l'observe, son regard voilé par le désir, Georg a les yeux mi-clos, comme si la vision de ce corps finement musclé lui était insupportable.

Sa main survole doucement la peau qui se couvre de chair de poule sous le contact, puis soudainement, elle passe derrière Bill et appuie sur ses reins. Le jeu et la douceur sont terminés. Il le rapproche de lui, sa bouche se perd dans son cou, mordillant, léchant, aspirant. La tête de Bill part en arrière tandis que ses doigts s'affairent sur la ceinture encore close. Une fois celle-ci ouverte, il passe ses mains sous le jean, et comme tout à l'heure, se saisit des fesses de Georg, pour l'approcher encore plus de lui, pour faire cogner encore plus fort, leurs érections de plus en plus impatientes.

La bouche de Georg emprunte le chemin pris plus tôt par ses doigts, sa langue s'attarde sur la clavicules, vient jouer avec un téton durci, retrace les muscles affleurant sous la peau douce, taquine le nombril, puis descend toujours plus pas. Vers la fine ligne de poils conduisant à un endroit prometteur.

Il s'agenouille devant Bill sans cesser ses caresses, se saisit de la ceinture qui ceignait il y a encore peu les hanches minces qui lui font face et descend le jean. Les mains du brun se perdent dans les cheveux de Georg, agrippant des mèches, tirant un peu fort lorsqu'il sent la langue passer sur son sexe encore recouvert du sous-vêtement. Il s'amuse un instant comme ça mais Bill s'impatiente, un coup de rein fait comprendre à Georg qu'il doit accélérer le mouvement.

Cédant à la requête muette, il fait glisser le boxer foncé le long des jambes frémissantes. Une des mains de Georg s'agrippe sur la hanche de Bill et l'autre se saisit du sexe tendu et humide, il n'y a pas de temps à perdre, il commence à le masturber, faisant rouler la peau fine sur le membre durci et chaud. Puis sa main s'arrête à la base, découvrant le gland rougi, humide et le prend directement en bouche. Un léger cri rauque passe les lèvres de Bill, la langue de Georg est partout, ses lèvres sont serrées étroitement tout autour de lui, allant et venant, se rapprochant de ses hanches puis s'en éloignant. Les doigts de Bill se crispent sur le crâne du châtain.

La situation est vraiment trop excitante. Vraiment inattendue, enivrante, euphorisante, troublante. Il ne vient à l'esprit ni de l'un, ni de l'autre qu'ils pourraient se faire surprendre à tout moment. Ils n'ont plus qu'à l'esprit le désir et l'envie de l'autre. Bill ne fait rien d'autre que ressentir, ressentir la bouche de Georg sur son sexe, que son dos appuyé contre le bois froid de la porte, que ces doigts qui malaxent son ventre, ses hanches, ses fesses, s'insinuant timidement entre elles. Vraiment timidement. Bill soupire, il faut vraiment que ça aille plus loin, maintenant, tout de suite, c'est intenable.

« Putain » gémit Bill. « Mais vas-y ! » lui intime-t-il en se cambrant.

Le message est compris. Les gestes se précisent, il ose enfin. En hésitant toujours cependant, il n'a jamais fait ça auparavant. Il continue sa brutale mais néanmoins délicieuse fellation, tout en aventurant une main légèrement tremblante vers l'arrière des testicules de Bill, les frôlant au passage. Elles sont contractées, dures, signes avant-coureurs d'un orgasme qui va arriver, et dans pas si longtemps.

Mais en attendant, ces doigts qui s'immiscent dans l'endroit le plus intime du corps de Bill. Qui tournent autour et qui audacieusement tout en restant timides y pénètrent, peur de mal faire, mais envie d'aller plus fort. Une phalange, deux phalanges, un doigt, deux doigts, entrer, sortir, entrer, sortir, plus vite, plus fort, se détendre, trembler...

Bill repousse Georg, il doit arrêter tout ça... sinon...

Georg se relève pendant que Bill se retourne, ses reins cambrés, ses fesses tendues. Georg se défait de ses vêtements, les laisse tomber sur ses chevilles. Il n'a même pas besoin d'être touché, d'être stimulé. Ce qu'il a fait précédemment, la vue du cul de Bill ainsi offert, l'idée de ce qu'il va faire à l'instant est suffisante pour le rendre terriblement dur. Il n'a qu'une envie, s'enfoncer brutalement en lui, et le prendre, fort, très fort. Le faire hurler à s'en péter les cordes vocales, jouir à s'en faire exploser le c½ur.

Mais pour l'heure il sait qu'il ne peut pas le prendre à sec comme ça, alors il approche sa main de sa bouche et crache dedans, pas très élégant mais efficace. Il enduit son sexe de salive, il ne l'a jamais vu aussi gonflé, faut dire qu'il est sacrément excité, plus que jamais. De sa main gauche, il s'accroche une nouvelle fois à la hanche de Bill, de la droite, il prend son sexe en main et se place entre les fesses du brun.

Doucement, il s'enfonce en lui. Lentement, il sent la chair s'écarter. Il sent Bill s'ouvrir pour lui. Il avance de plus en plus, il tremble, ils tremblent tous les deux.

Soudainement Bill se cambre, prenant entièrement Georg en lui. Ca fait mal, ça fait toujours mal, mais il n'en a rien à faire, tout ce qu'il veut c'est être pris, fort. Georg ne bouge plus, il a entendu le petit gémissement de douleur de l'autre, et alors même si il n'a qu'une envie c'est de le pilonner à en défoncer la porte, il attend. La sensation est juste dingue. Il a déjà pris des filles comme ça, mais aucune n'était aussi bandante que Bill.

« Mais bordel, t'attends quoi ?! » halète le brun.

Tu me cherches ? Bien, tu vas me trouver.

Brusquement Georg se retire de Bill et se renfonce brutalement en lui. Un cri passe leurs lèvres entrouvertes. Il recommence, plus fort, plus vite. De plus en plus fort, de plus en plus vite. Ses mains sont enfoncées dans la peau de Bill, il se tient à lui comme si c'était la seule chose qui pouvait encore le maintenir sur terre. Bill essaye tant bien que mal de se raccrocher à la réalité en s'agrippant à la surface lisse de la porte, sans succès. Les pénétrations sont rapides, profondes et violentes. Les hanches de Georg viennent cogner contre les fesses du brun. Les peaux en sueur claquent l'une contre l'autre. Ce bruit...putain ce bruit. Il n'a jamais été aussi suggestif qu'à cet instant.

Le visage de Georg se rapproche de la nuque de Bill, s'enfouit dans ses cheveux. Il n'est pas loin. Et à la façon dont tremble le brun, il se dit que lui aussi doit être proche. Il accélère encore. Toujours plus.
Il sent ses orteils se crisper, une douce chaleur envahir le bas de ses reins et le bas de son ventre. Il va jouir. Pris d'une soudaine impulsion il mord l'épaule de Bill. Il mord fort. Bill crie, la sensation est trop violente, il n'a même pas besoin d'être touché, de se toucher, la seule situation, la seule sensation de Georg en lui, de cette morsure, suffit à le faire partir. Violemment, il éjacule contre la porte contre laquelle il est quasiment collé maintenant. Tout son putain de corps tremble. C'est l'orgasme le plus puissant, le plus dingue qu'il ai jamais eu.

Georg sent Bill se contracter involontairement tout autour de lui, ça en est trop, il jouit à son tour, comme jamais, comme jamais auparavant. En plus de la dimension physique de l'acte, il y a une putain d'atmosphère, terriblement érotique, excitante. C'est juste trop...trop bon.

Georg est toujours en Bill, son corps collé au sien, son visage appuyé contre son épaule. Ils sont en sueur et tremblent. Rien, absolument rien ne peut troubler ce moment de plénitude absolue, l'instant suivant l'orgasme.

Doucement Georg se retire, et se recule pour s'éloigner de Bill. Mais le brun se retourne et l'attire à lui. Aucune tendresse n'allez pas croire ça. Juste un dernier baiser. Aussi fort que les autres, aussi violent. Puis Bill se détache en grimaçant... les lois de la gravité se rappellent à lui, de façon assez désagréable.

Il s'extirpe de ses vêtements encore sur ses chevilles, les ramasse, et va dans une cabine. Il s'y nettoie tant bien que mal, puis se rhabille. Ne surtout pas réfléchir à ce qu'il vient de se passer. Quand il ressort, il est seul, il n'y a que son sac, près de la porte. Porte souillée, seule témoin de ce qu'il s'est passé quelques minutes plus tôt. Et bien sûr qu'il est parti. What else ? Connard.

Il soupire, se regarde une dernière fois dans le miroir et sort de la pièce.



[...]



Une semaine, il y a une semaine que tout ça s'est passé. Et bordel, il n'arrive pas à se sortir ce fucking moment de la tête. D'une part parce que c'était juste trop bizarre, trop étrange, c'est Georg quoi ! Et d'autre part parce que c'était le meilleur coup de sa vie, la meilleure partie de baise qu'il ai jamais vécu. Désir et violence, parfait mélange.

Il marche seul dans la fac, il ne regarde pas vraiment devant lui, il est concentré sur un papier qu'il vient de récupérer à l'administration, les dates de partiels...Il ne fait vraiment pas attention et évidemment rentre dans quelque chose, ou plutôt quelqu'un. Et forcément qui est-ce ? Nous l'aurons tous deviné...Georg.

« Connard ! Tu peux pas faire attention ? »

Toujours aussi aimable lui... se dit Bill.

« C'est bon, t'enflammes pas, j'ai pas fait exprès. » répond le brun, agacé.

« Encore heureux. Ecoute, faut que je te parle, rendez-vous dans dix minutes là où tu sais. »

« Euh, on peut parler là ? Ca serait peut être plus simple. »

« Je veux pas qu'on me voit avec toi. »

« Forcément... Ouais, okay dans dix minutes... »


Bill a une petite pointe d'angoisse qui perce en lui, comme à chaque fois qu'il est question de Georg. Que va-t-il lui dire ? C'était une erreur, ça ne se reproduira jamais, j'suis pas une tapette. Oui, très probablement. Georg est tellement prévisible.

Dix minutes plus tard, il est devant la porte qu'il n'a pas franchie depuis la semaine précédente. Il pose la main sur la poignée, souffle un bon coup et entre, la tête baissée.

Lorsqu'il la relève, il voit Georg se diriger vers lui, comme l'autre fois, sauf que ce coup ci il ne perd pas son temps à le regarder, il l'embrasse directement. Bill est surpris, très surpris. Mais très vite, il lâche son sac au sol et plonge ses mains dans les cheveux de Georg, comme la dernière fois.

Leurs corps se rapprochent, mais cette fois, c'est différent, Georg passe ses mains sous les fesses de Bill et l'incite à entourer sa taille de ses longues jambes, ce qu'il fait. Le châtain le plaque contre la porte, sans cesser de l'embrasser.

Et comme la dernière fois les corps s'échauffent, les ceintures s'ouvrent, les tee-shirts volent... comme la dernière fois c'est sans douceur, comme la dernière fois... encore une fois.


FIN.

__________

Le petit message de Yuliie à l'émetteur :

Comme tu le voulais, essentiellement centré sur un lemon, peu sur la psycho des personnages, en espérant que ça répond à tes attentes...

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Bien sur nous espérons que ça vous plaira à tous !!

Bonne lecture et n'oubliez pas de lui laisser tous les commentaires qu'elle mérite pour cet OS assez hors du commun !

# Posté le mercredi 04 juin 2008 11:07

Modifié le mercredi 14 janvier 2009 15:44

OS Twincest - " Vis pour Moi. " / Par Twinsexe.

OS Twincest - " Vis pour Moi. " / Par Twinsexe.
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OS Twincest

" Vis pour Moi. "

Par Twinsexe.

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L'idée de coeur-en-travaux :

Pour une raison à définir, un des deux garçons se retrouve souffrant d'une paralysie à vie. L'autre essaye de s'occuper de lui et de tenir le choc. Il reste la plupart du temps avec lui à l'hôpital et doit être le seul à vraiment le comprendre, leur relation est déjà ambiguë et ils se comportent un peu comme des amoureux l'un envers l'autre sans vraiment se dire "en couple". Le but c'est qu'il soit le seul à comprendre qu'il veut mourir...
Attention, Deathfic !

__________


Alors que mes paupières se levaient sur un nouveau jour, des dreads blondes dansaient devant mes yeux tandis que la vision d'un doux sourire s'imposait à mon esprit. Tous les matins, c'était la même chose. Tous les matins, à mon réveil, je le voyais.

Comme si une photographie de son visage était imprimée sous ma rétine. Un portrait éphémère qui s'estompait au moment même où j'entrais dans sa chambre et que je le voyais en chair et en os, plus en os qu'en chair d'ailleurs, au milieu de tout ce blanc dans lequel se noyaient ses prunelles d'un joli brun appétissant, telles deux minuscules flaques de chocolat fondu dans un grand verre de lait immaculé.

Un sourire flottait sur mes lèvres tandis que je repoussais les couvertures avec de grands battements de jambes enjoués. Certains sont d'humeur exécrable le matin, moi c'était tout l'inverse. Surtout depuis une dizaine de mois. Depuis que je le connaissais, en fait. J'inspirai profondément l'air frais qui entrait dans ma chambre par la fenêtre ouverte et éteignis d'une pression du doigt mon radio-réveil qui diffusait une mélodie quelque peu démodée mais que tout le monde reconnaît dès la première note et que l'on ne peut s'empêcher de fredonner.

C'est donc tout en chantant d'une voix enrouée de sommeil que je posai mes pieds sur le sol de ma chambre et que je me levai. Mes orteils se recroquevillèrent et je grimaçai quand la fraîcheur du carrelage glaça la plante de mes pieds encore tiède de la chaleur qui émanait de mon lit. Les notes qui s'échappaient de mon gosier ne devinrent qu'un borborygme d'un barbarisme sans nom quand je me décrochai la mâchoire pour laisser échapper un bâillement digne d'un mammifère de quelques tonnes. Mes pas me dirigèrent vers la salle de bain dans laquelle j'entrai.

Mon reflet s'afficha dans le miroir et l'image de Tom s'y superposa. Cela me provoquait toujours un sentiment étrange, mais pas désagréable. La sensation que l'on ne faisait qu'un et que rien ne pouvait nous séparer. Ce n'était qu'une douce illusion, je le sais bien aujourd'hui, surtout avec la maladie de Tom, mais pourtant je ne pouvais m'empêcher d'y croire.

Je me préparai avec soin, me parant des plus beaux apparats, relevant mon teint trop blanc de touches de maquillages çà et là, parfumant ma peau d'une effluve qui, je le savais, le satisferait et embaumerait sa chambre, même après mon départ le soir. Je me faisais beau, pour lui, comme tous les matins.

Satisfait du résultat, j'avalai rapidement une tranche de brioche, sachant que de toute façon Tom m'obligerait à manger la moitié de son petit déjeuner, et je quittai cet appartement, luxueux mais oh combien vide et triste pour rejoindre sa chambre, toute aussi vide et triste, mais qu'il illuminait de son sourire.

Au volant de la voiture de luxe que mes parents m'avaient légué, en plus de leur fortune multimillionnaire, je traversai la ville, pestant contre les automobilistes qui, sans aucun doute, avaient dû trouver leur permis dans une boîte de Chocapic.

J'arrivai enfin à l'hôpital et mes yeux se posèrent immédiatement sur la fenêtre de la chambre de Tom au cinquième étage. Tom était atteint de la maladie de l'Homme de Pierre. En jargon médical, Myosite Ossifiante Progressive. C'est une maladie rare qui transforme les muscles principaux en os. Dans certains cas, comme celui de Tom, elle condamne le patient à une immobilité quasi-totale.

Depuis qu'il avait tout juste huit ans, quelques temps après que la maladie se soit déclarée, il vivait dans une chambre d'hôpital, regardant chaque jour son corps s'apparenter un peu plus à un rocher. Dix ans plus tard, il avait encore l'usage de son bras gauche et il pouvait difficilement s'asseoir. Malheureusement, d'après les médecins, ce n'était plus qu'une question de temps, avant que Tom ne finisse momifié.

J'atteignis le parking de l'hôpital sans encombre et je me garai habilement avant de sortir de la voiture. Un coup d'oeil à mon portable m'apprit que j'avais une dizaine de minutes de retard. Je pressai le pas, sachant parfaitement que Tom détestait que je ne sois pas à l'heure pour le petit déjeuner. Il refusait catégoriquement que quelqu'un d'autre que moi lui donne la becquetée.

Tout en franchissant le hall, j'adressai des signes de mains au personnel hospitalier. Cela faisait dix mois que je venais tous les jours, débarquant tôt le matin et ne m'en allant que tard le soir, du coup tout le monde me connaissait plus ou moins dans cet hôpital. De plus, Tom et moi étions, bien malgré nous, le sujet de tous les ragots de cet établissement...

J'empruntai l'ascenseur et en descendis quand il fut arrivé à l'étage de Tom. Ce n'était peut-être qu'une impression mais il me semblait que, perdue au milieu des effluves de médicaments et de mort, l'odeur corporelle de Tom chatouillait mes narines, comme pour me guider jusqu'à sa chambre, bien que je connaissais déjà parfaitement le chemin.

Après avoir traversé plusieurs couloirs, j'arrivai finalement devant la porte ouverte de la chambre de Tom. Ce dernier était à demi couché dans son lit, la maladie ne lui permettant pas de se redresser davantage. Ses yeux vagabondaient dans le bleu du ciel et les rayons du soleil faisaient étinceler les quelques mèches qui s'échappaient de ses dreadlocks et qui flottaient délicatement autour de ses tempes.

Je souris. A mes yeux, il n'y avait rien de plus beau que Tom, même habillé d'une immonde chemise d'hôpital. C'était d'ailleurs la première chose qui m'avait traversé l'esprit quand je l'avais rencontré. Mes parents avaient eu un accident et alors que ma mère était morte sur le coup, mon père était resté quelques semaines dans le coma avant de mourir à son tour, me laissant seul, entouré de luxe et de millions d'euros.

Pendant son coma, il avait été placé dans la chambre juste en face de celle de Tom. Un jour où j'avais la tête remplie de soucis tels que les assurances ou la santé de mon père, je m'étais trompé et étais entré par mégarde dans celle de Tom. A partir de ce moment, je venais tous les jours m'occuper de lui. Avant notre rencontre, Tom était aigri et agressif et je me plais à croire que c'est grâce à moi qu'il avait changé et qu'il était devenu ce garçon doux et enfantin qui faisait battre mon coeur.

Tout en faisant quelques pas dans la pièce, je me décidai à briser le silence paisible qui régnait dans la chambre.

« A quoi ressemble les nuages, ce matin ? »

Tom avait une véritable fascination pour les nuages. Il pouvait passer des heures à les admirer, leur attribuant des formes et s'imaginant plonger la main dans leur douceur. Il ne me regarda pas. De toute façon, il ne pouvait pas tourner la tête, sa nuque étant figée mais il n'avait pas besoin de me voir pour savoir qui venait lui rendre visite de si bon matin. A vrai dire, il m'avait sûrement déjà reconnu au moment même où mes santiags avaient foulé le sol du couloir.

« A toutes sortes de choses. A toi, principalement », me répondit-il, la chaleur de sa voix illuminant aussitôt la monotonie de la chambre.

Je souris, encore une fois. En fait, je crois qu'il suffisait que Tom soit dans la même pièce que moi pour qu'un sourire radieux reste figé sur mes lèvres. Je m'approchai tranquillement de son lit et lorsque je fus près de lui, je me penchai en avant pour poser tendrement mes lèvres sur les siennes. Son regard se tourna vers moi avant que ses paupières ne se ferment et il poussa un soupir de contentement. Je savais que je lui avais manqué, autant qu'il m'avait manqué.

Nul doute que si quelqu'un était entré dans la pièce à ce moment-là, les potins sur notre compte seraient allés bon train dans l'hôpital. Tout le monde était persuadé que Tom et moi étions ensemble. Nous en étions parfaitement conscients et cela ne nous dérangeait pas plus que ça, on les laissait dire. Il est vrai que nous nous comportions un peu comme un couple, n'hésitant pas à nous câliner dans le parc ou dans les couloirs, moi sur les genoux de Tom, mais jamais nous n'avions confirmé, ou démenti les rumeurs courant sur nous.

A vrai dire, Tom et moi n'avions jamais parlé de la véritable nature de notre relation. Je crois qu'on ne voulait pas se prendre la tête avec cela. On se contentait d'être ensemble, d'agir comme nous en avions envie, ne se souciant pas de paraître un peu suspect aux regards extérieurs. Aujourd'hui, je pense qu'il m'aimait autant que je l'aimais mais que nous n'avions pas besoin de nous le dire pour le savoir.

Mais alors que nos lèvres s'ouvraient pour laisser nos langues participer au baiser, des pas dans le couloir qui se rapprochaient inexorablement de la porte nous firent sursauter et je m'écartai de lui, m'asseyant innocemment sur le lit à ses côtés. Si je ne me gênais pas pour étreindre Tom au beau milieu d'une foule de médecins, infirmières et patients, nous gardions cependant nos baisers dans l'intimité de la chambre de Tom.

Quelques secondes plus tard, Trudi, l'infirmière attitrée de Tom, bien que c'était plutôt moi qui m'occupait de lui, fit son entrée dans la pièce, nous souriant tendrement.

« Bonjour Trudi ! », m'exclamai-je.

« Te voilà enfin. Tom a bien évidemment refusé de me laisser lui donner son petit déj'. »

Je remarquai alors que dans un coin de la pièce, le plateau du petit déjeuner de Tom était posé sur un chariot, laissé à l'abandon.

« Ca ne m'étonne pas ! »

« Jeune homme, il ne faudra pas te plaindre que ton chocolat est froid ! »
ajouta-t-elle en regardant sévèrement Tom.

Ce dernier bougonna en détournant le regard, tel un enfant qui se fait réprimander. Trudi amena le plateau près du lit avant de s'éclipser. Elle savait parfaitement que nous préférions être seuls et elle avait une totale confiance en moi. Je commençai alors à donner à manger à Tom, prenant garde de ne pas faire couler la confiture, préalablement étalée sur une tartine, le long de son menton. Des frissons me parcouraient régulièrement l'échine quand je sentais la langue de Tom contre la chair de mes doigts.

Le silence régnait dans la pièce. Pas un silence pesant, loin de là. Un silence paisible, un silence qui nous entourait comme un doux cocon. Il y avait des moments comme cela où on se contentait d'être ensemble, sans dire un mot. J'aimais tout particulièrement ces instants pendant lesquels nous nous regardions dans les yeux, silencieux comme des tombes. Je crois même qu'il nous suffisait d'un regard pour nous comprendre.

Comme je l'avais prédit, Tom me força à avaler une partie de son déjeuner. « Forcer » est certes un bien grand mot mais il m'était impossible de résister aux yeux suppliants de Tom. Je ne connaissais personne qui avait un regard aussi expressif. Peut-être était-ce parce qu'il ne pouvait pas, ou alors difficilement, s'exprimer avec des gestes.

« Vas-y, finis la, » me dit-il, justement avec ses yeux suppliants et sa bouille à laquelle personne ne peut résister, tandis que je lui présentais la fin de sa deuxième tartine de confiture.

Mais cette fois, je refusais de céder. Je secouai donc la tête, en souriant tout en avançant le morceau de pain à ses lèvres. Je restais un moment comme ça, attendant qu'il daigne la manger, tandis que nos yeux se défiaient malicieusement, mais je fus bien obligé de baisser le bras quand il commença à s'engourdir.

Je soupirai d'exaspération amusée tandis qu'un sourire victorieux étirait ses lèvres et que ses yeux pétillaient d'une lueur espiègle. Plus gamin que lui, tu meurs.

« Tom, ne fais pas l'enfant, bouffe la cette tartoche ! »

« Non, t'en as plus besoin que moi, t'es tout maigrichon, on dirait un coton-tige ! »


Je levai les yeux au ciel.

« Ca c'est parce que je fais plus d'exercice que toi. »

Je regrettai immédiatement mes paroles quand son sourire s'effaça et qu'il détourna le regard. Quelle boulette. Je le savais pourtant qu'il détestait le fait d'être cloué à ce lit et moi comme un idiot que j'étais j'enfonçais le clou. Et Pan ! Dans les dents, Tom ! Bravo, Bill...

« Excuse-moi, je voulais pas. C'est sorti tout seul... »

Je l'entendis marmonner que ce n'était pas grave, mais étant donné qu'il ne me regardait pas et que ses prunelles restaient fixées sur une tache de confiture faite sur son drap blanc quelques minutes plus tôt, je devinai aisément que je l'avais blessé. Ne sachant comment me rattraper, je changeais de sujet.

« Bon d'accord, je le mange ton dernier bout de tartine ! Tu vois un peu les efforts que je fais pour ne pas ressembler à un coton-tige à tes yeux ?! » m'exclamai-je d'une voix que j'espérais aussi enjouée que je le voulais.

Ses yeux revinrent alors sur moi et il sourit légèrement tandis que j'engloutissais effectivement le bout de pain. Alors que je mâchais, je m'efforçais de lui faire comprendre en un regard à quel point j'étais désolé pour ces paroles maladroites. Et ses yeux me répondirent, à mon grand soulagement, que j'étais pardonné.

Trudi refit alors irruption dans la pièce, accompagnée d'un brancardier, brisant ce moment d'intimité entre lui et moi.

«  Allez les jeunes, au bain ! On a besoin que vous désertiez pour nettoyer la chambre et faire le lit ! »

« Bon, puisqu'on veut plus de nous ici... On y va, Tom? »

Ce dernier acquiesça timidement en jetant des regards en coin au brancardier. Je savais qu'il n'était pas très à l'aise avec les étrangers qui plus est au moment du bain. Le brancardier s'approcha du lit et avec mon aide, il retourna Tom sur le ventre, tout en lui maintenant la tête pour ne pas qu'il s'étouffe dans l'oreiller. Je m'empressai de retirer à Tom sa chemise d'hôpital, boutonnée dans son dos, ainsi que son boxer, conscient que ce n'était pas une position très confortable pour lui.

Il était à présent nu comme un ver et dès qu'il fut de nouveau sur le dos, il ramena difficilement son bras gauche, encore valide, sur son sexe, en évitant les regards de Trudi et du brancardier. Ce dernier ignora la gêne de Tom et le prit dans ses bras pour le porter jusqu'à la salle de bain, attenante à la chambre.

Il le déposa dans la baignoire et je me hâtai de faire couler l'eau chaude pour ne pas que Tom attrape froid. Il frissonna quand la chaleur du liquide atteignit ses orteils et je souris en voyant sa peau se parsemer de petits points de chair de poule. Le brancardier prit congé après que je l'ai remercié et je me déshabillai pour rejoindre Tom dans l'eau.

Ses paupières avaient recouvert ses beaux yeux et il se laissait flotter dans l'eau. Le bain, c'était son moment détende de la journée. Il m'avait expliqué que la sensation de son corps était bien différente quand il était immergé. Ses membres lui semblaient moins raides, comme s'ils avaient retrouvé la souplesse, et surtout moins lourds.

J'attrapai un gant de toilette et le gel douche sur le rebord de la baignoire et je commençai à savonner ses jambes, effectuant des gestes doux et circulaires sur ses muscles de pierre, le massant par la même occasion. Ses yeux se rouvrirent et il les posa sur moi. Son regard me laissait clairement penser qu'il appréciait ce qu'il voyait et cela me fit sourire. Je n'étais nullement gêné d'être nu devant lui, ce n'était pas la pudeur qui m'étouffait et c'était toujours ainsi depuis que l'on se connaissait.

La vie de Tom était réglée comme un métronome. Tous les jours, c'était la même chose, aux mêmes heures et je faisais tout pour lui rendre son quotidien plus agréable. Il était coincé ici depuis dix ans et j'étais pratiquement la seule personne qui lui rendait visite. Son père et sa mère, respectivement pilote de ligne et hôtesse de l'air, survolaient la planète et ne venait qu'une à deux fois par mois entre deux vols.

Même s'ils expliquaient leurs absences par un manque de temps, à mes yeux, ce n'était qu'un prétexte pour ne pas avoir à affronter le regard de leur fils cloué dans un lit d'hôpital. Tom soutenait qu'il ne leur en voulait pas mais je sentais bien que c'était un sujet délicat et je préférais éviter de l'aborder en sa présence.

Une fois que Tom fut tout propre et qu'une odeur fruitée flottait dans la pièce, je coupai l'eau qui entourait maintenant le visage de Tom. Ses yeux étaient de nouveau fermés et ses dreadlocks flottaient dans l'eau, ondulant à la surface. Je m'allongeai doucement sur lui, sentant sa peau veloutée contre la mienne et j'en récupérai une entre mes doigts. Je commençai à jouer avec, m'amusant à chatouiller le nez de Tom, qui somnolait tranquillement dans la douce chaleur de l'eau.

Il grimaça et renifla, ses traits se tordant en une moue absolument adorable qui me fit pouffer de rire, le front appuyé contre son torse qui se soulevait et s'abaissait au rythme de sa respiration lente et paisible.

«  Ca t'amuse ?! »

Je relevai la tête et vis que Tom me regardait d'un air qui se voulait sévère mais je devinai sans peine le sourire qu'il essayait de contenir.

« Tout à fait ! » répondis-je, en balayant de nouveau son nez avec sa dreads.

Ses yeux louchèrent un instant sur son nez avant qu'il ne les lève au ciel en poussant un soupir faussement exaspéré, ne pouvant cette fois retenir ses lèvres de s'étirer en un sourire amusé. Je souris à mon tour et posai une main sur son front, avant de la passer dans ses cheveux. Mes doigts massèrent son cuir chevelu et il soupira de contentement alors que mon autre main caressait son visage, longeant l'arrête de son nez, surplombant sa bouche et redessinant les courbes de son oreille.

« J'adore quand tu me fais ça... » chuchota-t-il à mi-voix ses yeux se refermant à moitié, avec délice, pendant que mes phalanges cajolaient sa peau.

Je me penchai alors et ma bouche enlaça la sienne en une douce étreinte.

« Je sais. » murmurai-je simplement contre ses lèvres.

Je me redressai pour le regarder sans cesser mes câlineries. J'adorais m'occuper de lui et le toucher comme cela. J'aurais pu passer des heures, ainsi allongé sur lui, sentant son épiderme contre la mienne et son coeur battre paresseusement contre le mien. Je n'avais jamais été aussi proche de quelqu'un, garçon ou fille, étant un individu plutôt solitaire et c'était également le cas de Tom. C'est aussi sûrement pour cette raison qu'on ne prenait pas la peine de définir notre relation.

Nous ne connaissions pas l'amour, comment savoir si c'était bien de cela qu'il s'agissait ? Tout ce que je savais c'est que j'aimais notre relation et nos contacts charnels. J'étais parfaitement conscient qu'il s'en voulait de ne pas pouvoir me rendre mes attentions, mais je n'avais besoin de rien d'autre que de ça. Juste lui contre moi me suffisait...



[...]



Il était 16h et des poussières. Après avoir mangé et digéré devant la télé, allongés dans le lit de Tom, nous avions finalement décidé de sortir un peu dans le parc. Le même brancardier qui était venu le matin même pour le bain, vint dans la chambre pour mettre Tom dans son fauteuil roulant après que je lui ai enfilé un pantalon et une paire de chaussures. Je ne voulais pas qu'il attrape froid, le vent était plutôt frais en ce mois de mars. Je disposai même une couverture en laine sur les jambes de Tom avant de mettre ma veste et de le pousser pour quitter la chambre.

Je marchais d'un pas tranquille et innocent dans les couloirs, une main simplement posée sur l'épaule de Tom. Tous les regards se tournaient vers nous et comme à notre habitude nous n'y faisions pas attention. Après avoir emprunté l'ascenseur et traversé le hall, nous nous retrouvions dehors. Je frissonnais délicieusement en sentant la brise caresser mon visage et jouer avec mes cheveux.

« Prêt? », demandai-je à Tom.

« Toujours ! », me répondit-il et bien que je ne puisse voir son visage, je distinguais clairement le sourire dans sa voix.

Et à l'abri des regards des infirmiers et des médecins qui n'auraient certainement pas apprécié cela, je me mis à courir comme un dératé tout en poussant Tom, ballotté dans tous les sens. Je m'amusais à imiter le bruit d'une voiture de formule un, à prendre des virages en épingle et à slalomer entre les quelques patients qui se promenaient tranquillement et qui nous jetaient des regards à la fois outrés et amusés.

Je me délectais du rire de Tom que je n'entendais que très rarement. Il adorait sortir de l'hôpital et à chaque fois que je l'emmenais dans le parc, on se prenait pour Schumacher, disputant une course sur le bitume. Il ne s'en lassait jamais et si je détestais courir, je le faisais toujours, ne serait-ce que pour le voir se tordre de rire, enfin façon de parler bien sûr.

Après avoir fait tout le tour du parc, je m'arrêtai brusquement, essoufflé et m'écroulai sur les genoux de Tom dont le sourire devait au moins faire deux fois le tour de sa tête. Quel bonheur j'éprouvais à le voir heureux ainsi. J'étalai la couverture sur nos deux corps et me laissais aller contre son épaule. Je sentis qu'il bougeait son bras et je pris son poignet pour l'aider à poser sa main sur ma cuisse, où ses doigts dessinèrent des arabesques.

J'embrassai sa tempe, repoussant du nez les petits cheveux qui me chatouillaient les joues et enroulai mes bras autour de son cou. Nous étions resté ainsi un moment, à parler de choses et d'autres quand Tom s'aventura sur un sujet un peu plus sérieux que la dernière coiffure de Trudi qui changeait de coupe au moins trois fois par mois : Mon avenir.

Mes parents avaient eu leur accident peu après les épreuves du bac et, bien que j'avais obtenu la mention bien au bac scientifique, je ne m'étais inscrit dans aucune école, trop perturbé par leur mort et trop occupé à passer mes journées avec Tom. La fortune que mes parents m'avaient laissé me permettait aisément de couler des jours heureux sans fournir la moindre once de travail, mais depuis quelques temps j'aspirais à autre chose. Seulement je ne voulais pas avoir à m'éloigner de Tom.

« Dis moi Bill, qu'est ce que tu vas faire ? » me demanda Tom.

« Comment ça? »

« Tu peux pas passer tes journées avec moi, il va bien falloir que tu fasses quelque chose un jour ou l'autre... »


J'haussai les épaules et détournai les yeux, n'ayant aucune envie de m'attarder sur ce sujet.

« Il n'y a pas quelque chose que tu as envie de faire de ta vie ? »

« Si, t'emmerder jusqu'à la fin de tes jours ! »
plaisantai-je.

Mais quand mes yeux rencontrèrent ceux de Tom, je compris que l'heure n'était plus vraiment à la plaisanterie.

« Si, il y a bien quelque chose... »

Remarquant ma voix hésitante, Tom haussa les sourcils, me poussant à continuer.

« Mais, je ne veux pas être obligé de me séparer de toi. » ajoutai-je timidement.

Le soupir de Tom me fit relever la tête vers lui.

« Ecoute Bill, tu sais parfaitement que j'adore que tu viennes tous les jours, que tu t'occupes de moi et qu'on passe nos journées ensemble, mais je ne veux pas que tu gâches ta vie pour moi. Laisse moi finir. », ajouta-t-il sévèrement alors que j'ouvrais la bouche pour protester. « Si il y a quelque chose que tu aimerais faire, ne t'en empêche pas sous prétexte que tu dois t'occuper de moi. Les infirmières sont là pour ça et je préfère te voir loin de moi mais heureux. »

« Mais je suis heureux ! »

« Pour l'instant oui, mais tu vas finir par te lasser de t'occuper de moi et je veux que tu fasses ce que tu as envie tant qu'il en est encore temps. Moi je ne peux pas bouger de cet hôpital, je ne peux pas vivre comme bon me semblerait, mais toi tu as tout ce qu'il faut, alors vis. Vis pour moi. »


Ses mots me firent froncer les sourcils, ils me donnaient l'impression que Tom voulait m'abandonner. Cependant il ne me laissa pas m'attarder là-dessus.

« Regarde-moi, Bill. »

Je m'exécutai et il continua.

« Promet-moi que tu vas faire ce que tu as envie de faire. Promet-moi que tu vas t'inscrire dans une école et que tu vas bosser à fond pour y arriver. Promet le moi. »
« Je te le promet » répondis-je, après un moment d'hésitation, ne voulant pas le décevoir.



[...]



Quatre mois après cette conversation, je débarquai à l'heure habituelle à l'hôpital avec une nouvelle à annoncer à Tom. J'étais enfin inscrit à la faculté de médecine. Suivant la promesse que j'avais faite à Tom, j'avais décidé de prendre mon avenir en main et de devenir médecin. Tout ce temps passé à l'hôpital avait fini par me familiariser avec le milieu médical et je voulais moi aussi faire parti de ce monde. De plus j'avais décidé de me spécialiser dans la maladie de Tom. Personne n'avait encore jamais trouvé de remède annihilant cette maladie, ou même ralentissant simplement sa progression et je voulais me battre pour en trouver un.

Je traversai les couloirs avec un grand sourire mais alors que je croisais Trudi dans les couloirs, il s'effaça rapidement quand je vis son air désolé. Je m'arrêtai brusquement.

« Qu'est ce qui se passe ? » lui demandai-je d'une voix paniquée.

« Rien de grave, rassure-toi. »

Loin de me rassurer, son ton m'inquiéta plus qu'autre chose. Je me mis à courir jusqu'à la chambre de Tom. Lorsque j'entrai, il regardait par la fenêtre comme à son habitude, mais son dos n'était pas relevé, ce qui n'était pas normal. D'autant plus que depuis quelques temps, Tom avait de plus en plus de mal à s'asseoir.

« Tom, je suis là. »

« Ca y est. » me répondit-il simplement et bien que je savais parfaitement au fond de moi de quoi il parlait je ne pus m'empêcher de faire comme si ce n'était pas le cas, sûrement parce que j'espérais me tromper.

« Ca y est, quoi ? »

« Je suis mort. »


Mon coeur fit un bond à ses paroles et je m'approchai du lit, remarquant alors les larmes qui inondaient ses yeux et noyaient ses joues.

« Tom, ne dis pas ça, s'il te plait. »

« Pourquoi ? C'est la vérité. »


Ses yeux restaient obstinément fixés sur sa fenêtre et j'avais une irrésistible envie de tourner furieusement sa tête vers moi pour qu'il me regarde. Mais je savais très bien que ça ne servirait à rien, juste à lui faire mal et c'était la dernière chose que je souhaitais au monde. Cependant, bien malgré moi, j'haussai le ton alors que je repris la parole.

« Ah oui ?! Alors si c'est le cas, pourquoi tu continues à me parler Tom ?! Pourquoi je vois des larmes couler de tes yeux ?! Depuis quand un cadavre parle et pleure, hein, dis moi ?! Tu n'es pas mort, Tom ! Je t'interdis de dire ce genre de choses, parce que ce n'est pas vrai ! »

C'est à peine si je me rendis compte que je hurlais et pourtant tout l'étage entendit ma voix qui frôlait à la fois l'hystérie et les aigus. Je m'attendais à ce que Tom se mette à crier lui aussi, comme les rares fois où nous nous disputions mais à mon grand étonnement sa voix était calme, voire résignée.

« C'est tout comme. Tu ne comprends pas, Bill. Je ne peux plus bouger. C'est fini, mes derniers muscles m'ont lâché dans la nuit. C'est fini. » répéta-t-il en tournant enfin les yeux vers moi.

Et ma colère retomba aussi vite qu'elle était venue alors qu'il prononçait les mots que je redoutais tellement. Je n'eus cependant pas le temps d'ouvrir la bouche car Trudi entra dans la chambre.

« Allez Tom, c'est l'heure de manger ! », s'exclama t'elle d'une voix qui se voulait naturelle.

Je me tournai vers elle, m'attendant à la voir chargée d'un plateau, mais au lieu de ça c'était une perche qu'elle tenait dans les mains, une petite poche remplie de liquide pendant au bout de la barre métallique.

« Euh... mais c'est quoi ce truc ? », demandai-je, incompréhensif.

Trudi détourna le regard, gênée.

« Eh bien, c'est une perfusion... Dans cette position, Tom ne peut plus manger par la bouche, il risquerait de s'étouffer, alors il va être nourri par le sang. », répondit-elle tout en s'avançant vers Tom pour installer la perfusion.

Tom n'était absolument pas surpris, on avait donc dû le prévenir qu'un jour où l'autre, il n'y aurait pas d'autres solutions. Et je crois que ce n'est qu'à cet instant que j'ai réalisé ce que représentait réellement le fait que Tom ne puisse plus bouger. Plus de petits déjeuners où je lui donnais la becquetée. Plus de promenades dans le parc, Tom ne pouvant plus s'asseoir dans son fauteuil. Même les bains allaient sûrement être compromis. Comme disait Tom, c'était fini...



[...]



Quelques heures plus tard, les larmes de Tom s'étaient taries, mais je sentais bien que ce n'était qu'en apparence. A l'intérieur, Tom pleurait toujours. On était en pleine partie de Monopoly, moi lançant les dès à sa place, mais je savais bien que le coeur n'y était pas. Je voyais sans arrêt son regard vagabonder dehors, s'attardant sûrement sur les nuages et j'étais sans arrêt obligé de le rappeler à l'ordre pour qu'il s'intéresse au jeu.

Je faisais mon possible pour faire comme si le fait que Tom soit immobile n'avait pas vraiment d'importance et que cela ne changeait rien, qu'il pouvait vivre ainsi, mais à chaque fois que mon regard se posait sur la perfusion qui injectait toujours un liquide nutritif dans ses veines, mon coeur se serrait douloureusement. Je soupirai alors que Tom s'égarait encore une fois dans ses pensées et lançai les dès avant de faire avancer son pion sur le tapis.

« Oh Putain Tom ! La rue de la paix ! T'as trop du cul, je tombe une fois par jamais dessus sauf pour perdre du fric bien évidemment ! Tu l'achètes ?! » m'écriai-je, heureux de pouvoir briser le silence pesant.

Mais bien évidemment, je n'obtins aucune réponse. Je soupirai encore une fois et posai la main sur celle de Tom.

« Tom, tu l'achètes ?! »

Cette fois, il me répondit mais la réponse qu'il me donna n'était pas vraiment celle à laquelle je m'attendais.

« Continue sans moi. »

« Quoi ?! Mais non, on vient juste de commencer, Tom ! Tu peux pas me faire ça, j'ai envie de te plumer moi ! »

« Ca sert à rien, Bill. J'ai plus envie. »


Il me regarda dans les yeux et je compris qu'il ne valait mieux pas insister. Je me levai donc et rangeai le jeu dans sa boîte. Et alors que je me rasseyais, je ne pus m'empêcher d'avoir l'impression qu'il ne parlait pas que de la partie de Monopoly...



[...]



Le soir même, je quittai sa chambre la mort dans l'âme. Tom m'avait demandé de quitter sa chambre plus tôt parce qu'il voulait être seul. D'habitude, il fallait bien une demi-heure avant qu'il ne me laisse franchir sa porte et là il ne m'avait même pas regardé quand je lui avais souhaité une bonne nuit, ni répondu à mon baiser.

Je me dirigeai directement vers Trudi qui sortait tout juste d'une chambre, un peu plus loin dans le couloir.

« Comment va-t-il ? », s'enquit-elle immédiatement.

« Mal. Je crois qu'il... je crois qu'il veut mourir... »

« Je sais. »

« Comment ? »

« L'année dernière, avant votre rencontre, il a fait une tentative de suicide. Il avait le même comportement quelques jours avant. Tu as réussi à le faire vivre un an de plus Bill, mais je doute que tu puisses en faire davantage pour lui... »


Je fus désagréablement surpris en l'entendant prononcer ses mots.

« Tu veux dire que... que tu cautionnes le fait qu'il veuille mourir ? Tu es son infirmière ! Comment peux tu vouloir ce genre de choses ?! »

« Bill, ne le prend pas mal, mais je connais Tom depuis plus longtemps que toi, depuis qu'il est entré dans cet hôpital en fait. Je me suis énormément attaché à ce gamin. J'approche de la soixantaine et je n'ai pas d'enfants. Tom est comme mon fils. Je ne veux que son bonheur, et je sais qu'il n'est pas heureux comme ça, je sais qu'il ne le serait jamais, que tu sois à ses côtés ou non. Alors malgré tout l'amour que j'ai pour lui, je respecte sa décision et je suis même décidée à l'y aider, quitte à perdre mon travail. Je préfère le faire moi même et qu'il s'en aille sans souffrance, plutôt qu'il se charcute le poignet comme il l'a fait la dernière fois. »


J'eus alors un flash du poignet droit de Tom où de longues et épaisses cicatrices blanches couraient sur sa peau. Je les avais déjà vu, mais je n'avais jamais osé poser de questions à Tom. Je comprenais maintenant leur origine, bien que je m'en doutais déjà.

« Tu es arrivé au bon moment, Bill, pour lui redonner la joie de vivre, mais à ce stade, rien ne pourra le faire remonter la pente. Il m'a toujours dit que le jour où il serait dans cet état, il ferait tout pour échapper à cette vie. »

Je sentis ma gorge se nouer, les sanglots s'y accumulant tandis que les larmes brouillaient ma vue. Un spasme me secoua et je ne pus retenir les gouttes qui dévalaient maintenant mes joues.

« Je veux pas qu'il meure, Trudi ! », hoquetai-je difficilement.

« Moi non plus. Mais Tom le veut. Bill, met-toi à sa place et demande-toi qu'est ce que tu voudrais. », me répondit-elle en essuyant mes larmes.

Et c'est là que je compris la décision de Tom. Car j'aurais pris la même...



[...]



Je marchais sur le parking de l'hôpital. C'était la première fois que je venais ici de nuit. Il était presque deux heures du matin et j'avais rendez-vous avec Trudi. Je pressai le pas et approchai du bâtiment. Trudi voulait me faire passer par une porte de service pour que personne ne me voit. Elle avait décidé de prendre toute la responsabilité sur ses épaules et malgré mes contestations, elle avait refusé de changer d'avis.

Quand j'arrivai enfin devant la porte, je la bipai et quelques minutes plus tard elle m'ouvrit. Elle m'entraîna immédiatement à l'intérieur et on se dirigea vers la chambre de Tom. Quand nous entrâmes, la pièce était plongée dans l'obscurité et seule la lumière de la lune filtrait à travers les rideaux. Trudi voulut allumer mais je la retins. Je préférais que tout se passe dans le noir.

On s'approcha du lit et je vis les yeux de Tom briller alors qu'il nous regardait. Je lui souris et il me rendit mon sourire. Je crois qu'il avait compris ce qu'on était venu faire au moment même où nous étions entré dans la pièce. Je m'assis à ses côtés, les larmes me montant déjà aux yeux.

« Tu es sûr de ce que tu veux ? », lui demandai-je tout en prenant sa main dans la mienne.

Il sourit un peu plus et ses yeux répondirent à sa place, comme bien souvent.

« Je veux pas que tu m'abandonnes... »

J'enfouis mon visage contre son torse, tant pour être en contact avec lui que pour cacher mes larmes que je sentais glisser dans mon cou.

« Je ne t'abandonne pas, Bill. N'oublie pas que tu dois vivre pour moi, n'oublie pas ta promesse, et je vérifierai que tu tiens parole, compte là-dessus ! »

Il essayait de me faire rire, mais je n'avais pas le coeur à ça. Bien que j'avais accepté sa décision et que je le laissais partir, il n'empêche que j'avais l'impression qu'on me retirait une bonne partie de mon coeur. Parce que c'est ce qu'il était : Une partie de moi.

« Regarde moi, Bill. Je veux te voir. »

Je me redressai et plongeai mes yeux dans les siens. Il me sourit et je me fis la réflexion qu'il avait l'air heureux de mourir, ce qui était sûrement le cas. Il tourna les yeux vers Trudi qui attendait sagement et elle s'approcha. Elle lui caressa la joue et je vis qu'elle avait les larmes aux yeux elle aussi. C'est toujours plus dur pour ceux qui restent.

Elle sortit trois seringues et je m'empressai de prendre le visage de Tom entre mes mains pour l'embrasser passionnément avant de ne plus pouvoir le faire. Je goûtais à ses lèvres et redessinais de ma langue les moindres recoins de sa bouche tandis que la sienne caressait mon palais comme pour apaiser ma peine. Nous avons fait l'amour en un baiser. Un baiser qui avait un goût de dernier.

Je refusai de le lâcher, mes doigts s'agrippant à ses cheveux, comme pour l'empêcher de s'en aller, souhaitant arrêter le temps et prolonger cet instant jusqu'à l'infini, mais Trudi finit par rompre le silence.

«  Je suis désolée, mais il faut faire vite, les enfants. Si quelqu'un entre dans la chambre de Tom, c'est fichu... »

Et en un dernier frôlement de lèvres, je me suis écarté de Tom et me suis redressé. Mes mains ne quittaient pas le corps de Tom tandis que Trudi ôtait le capuchon de la première seringue en expliquant à Tom qu'elle allait lui faire trois injections. Une pour l'endormir, une pour relaxer ses muscles bien que la plupart ne soient plus que des os, et la dernière et l'ultime pour arrêter son coeur.

Tom l'écouta attentivement et me regarda une dernière fois alors qu'elle approchait l'aiguille de la perfusion de Tom.

« Attend ! »

Je sursautai violemment, tandis que Trudi se figea, levant les yeux sur Tom et attendant une explication. J'espérais alors que Tom avait changé d'avis et qu'il resterait avec nous mais ce ne fut évidemment pas le cas.

« Je veux que ce soit Bill qui le fasse. »

Je me figeai, n'en croyant pas mes oreilles. Il ne pouvait pas me le demander. Il ne pouvait pas. Et pourtant, c'était ce qu'il faisait.

« Non, Tom, non je refuse, je... »

« S'il te plaît. »
, me coupa-t-il, ses yeux me suppliant et Dieu sait comme je ne pouvais rien lui refuser quand il me regardait comme ça.

Je me levai donc, hésitant et chancelant et fis le tour du lit pour rejoindre Trudi. Elle me donna les seringues, ces foutus seringues qui allaient m'enlever Tom. Je reniflai et j'eus une soudaine envie de les jeter par terre et de les écraser. Mais je ne le fis pas. Parce que ce n'était pas ce que Tom voulait. Alors, les mains tremblantes et le coeur au bord des yeux, j'enfonçai l'aiguille dans le tuyau de la perfusion, essayant de retarder le plus possible le moment fatidique où la vie quitterait son corps.

Tout en injectant le produit, je relevai les yeux sur le visage de Tom. Il me souriait encore, et moi je n'arrivais même pas à croire ce que je faisais. J'étais en train de tuer l'homme que j'aimais le plus au monde. J'étais en train de le tuer parce que c'était sa volonté. Tom chuchota alors des mots que je n'avais encore jamais entendu franchir ses lèvres. Mon coeur battit plus vite et ces quelques mots, preuve de son amour, résonnèrent en moi, envahirent mon être et mes veines comme le liquide de la seringue envahissait celles de Tom.

Je m'empressai de lui répondre avant que ses yeux ne ferment et déposai mes lèvres sur les siennes alors qu'il restait encore un peu de conscience en lui. Maintenant qu'il ne me regardait plus, qu'il ne me souriait plus et que je sentais les battements de son coeur ralentir sous ma main que j'avais inconsciemment posée sur sa poitrine, je voulais en finir le plus vite possible. Je voulais m'éloigner rapidement du corps sans vie de Tom, car ce n'était pas le Tom que j'avais connu.

Pleurant ma peine et sanglotant mon chagrin, je lui injectai la deuxième seringue, puis la troisième avant de m'écrouler sur son torse en reniflant et en gémissant. C'était fini. Et alors que Trudi posait une main dans mon dos, tentant de me consoler, ces deux mots tintèrent dans ma tête, se mélangeant à ceux que Tom avait prononcé quelques minutes plus tôt...



[...]



Dix ans ont passé. Aujourd'hui me voilà devant un grand bâtiment, une paire de ciseaux entre les mains. Après la mort de Tom, j'ai mis des mois à m'en remettre, me noyant sous le travail qu'on nous donnait à la faculté de médecine. Puis, j'ai finalement compris que ce que Tom m'avait demandé, lui injecter moi-même ce liquide mortel était la plus belle preuve d'amour que je pouvais lui faire. Je lui ai offert le repos. Ce n'est que lorsque je me suis rendu compte de cela que j'ai pu me pardonner de l'avoir fait.

J'ai donc remonté la pente, malgré le fait que je ne pouvais oublier le manque de lui, et je n'avais plus qu'un objectif : réussir pour Tom. Je l'ai atteint. Je suis aujourd'hui diplômé et j'ai déjà commencé à exercer à l'hôpital où Tom était hospitalisé. Je ne me voyais pas travailler ailleurs. Mais ma plus grande fierté, c'est mon association. Ou du moins celle de Tom, celle que j'ai ouverte pour lui. Elle porte bien évidemment son nom et c'est une association d'aide à la recherche pour la maladie de l'homme de pierre, pour trouver un remède et aujourd'hui, c'est justement le jour de l'inauguration du siège.

Alors, je suis là, prêt à couper le ruban rouge qui barre l'entrée de l'immeuble. Je souffle un grand coup comme pour me donner du courage et le coupe alors que les applaudissements des personnes présentes rugissent à mes oreilles. Parmi elles, je sais qu'il y a Trudi. Elle a bien évidemment perdu son travail suite à l'euthanasie de Tom, mais elle m'a beaucoup aidé à me relever et à réussir mes études. Je lui dois énormément.

Alors que le ruban rouge flotte quelques instants dans les airs, avant de se lover sur le sol, je chuchote quelques mots.

« Pour Tom. »

Ma voix n'est qu'un murmure parmi les acclamations et pourtant j'espère qu'il l'a entendu. J'espère qu'il est fier de moi et j'espère qu'il peut voir que j'ai tenu parole. Car oui, je vis pour Lui.


FIN.

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Le petit message de Twinsexe :
Bon, je sais que Bill n'est pas vraiment le seul à comprendre que Tom veut mourir étant donné qu'il y a Trudi, mais j'avais besoin de quelqu'un pour lui faire accepter la décision de Tom et qui l'aiderait à le faire, donc j'espère que l'émetteur ne me tiendra pas rigueur pour ce petit détail et qu'elle est pleinement satisfaite de cet OS que j'ai écris avec un réel plaisir. Bisoux !

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Un OS vraiment sublime, qui fait mal, mais c'est tellement beau que ça fait du bien...

Allez, séchez vos larmes et laissez à votre Auteur chérie tous les commentaires qu'elle mérite !


# Posté le mercredi 04 juin 2008 11:12

Modifié le mercredi 14 janvier 2009 15:44

OS Twincest - " Like a Girl. " / Par Vi'.

OS Twincest - " Like a Girl. " / Par Vi'.
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OS Twincest

" Like a Girl. "

Par Vi'.

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L'idée de Gus-und-Bill :

Bill est enfant unique d'une famille extrêmement aisée. La famille en question vient d'emménager à Berlin pour des raisons de mutation. Le père de Bill, dès qu'il a repéré la maison dans une des nombreuses revues immobilière a flashé, seul problème : la façade ainsi que l'horrible couleur du portail. Pour remédier à ça, il fait appel à une entreprise de maçonnerie-restauration (appelez ça comme vous voulez --'), qui s'occupera de la maison une semaine après leur emménagement. Les Kaulitz s'installent donc, et parmi l'un des ouvriers, il y a ce grand dreadeux de 21 ans... Bill, qui a le même âge, va à l'université de la ville voisine, mais, préférant rester discret et éviter la poussière des travaux, passe par la porte arrière de la porte arrière de la grande propriété. En faisant le tour du paté de maison afin d'arriver le plus près possible de la rue de bouche de métro, le dreadeux l'accoste, sans savoir qui il est. Il se met presque à le draguer, pensant bien entendu qu'il s'agit d'une adolescente.
Le lendemain, exceptionnellement à la bourre, le jeune brun passe par le grand portail, croisant Tom et sa mine totalement déconfite. Il se marre de l'intérieur, et c'est deux jours plus tard que son père les présente, en précisant bien entendu que Bill est un HOMME ! Deuxième désillusion pour Tom qui semblait bien apprécier le corp du fils de son patron...

__________


Il colla son front encore pâle de sommeil à la vitre fumée de sa chambre, y projetant un nuage de buée qu'il chassa rapidement d'un revers de manche. Il fallut quelques minutes à ses yeux bouffis pour trouver ce qu'ils cherchaient : deux étages plus bas, s'affairant autour du grand portail en fer forgé, une petite dizaine d'ouvriers commençaient une nouvelle journée de travail. Il se recula avec un profond soupir et étira ses longs membres engourdis avant de poser les pieds sur la moquette immaculée. Il retira d'un air absent le seul vêtement qu'il portait et s'engouffra dans la salle de bain, essayant d'ordonner ses pensées encore embrouillées par la nuit.

Quand il sortit de la pièce, tout de noir vêtu et maquillé, il avait dégagé trois points prioritaires : premièrement, il n'aurait pas le temps de manger ce matin ; deuxièmement, l'estomac vide, il serait sûrement d'humeur exécrable toute la matinée, et troisièmement, s'il voulait éviter les ouvriers et les travaux, il allait devoir emprunter le petit portillon qui débouchait derrière la propriété.

Bill avait emménagé avec ses parents dans cette luxueuse demeure de Berlin une semaine auparavant, suite à une nouvelle mutation de son paternel. Il avait toujours été habitué à changer d'endroit tous les six mois, mais espérait que cette installation marquerait la fin de la longue liste de leurs déménagements. Etant donné l'affection surdimensionnée que portait son père à leur nouvelle maison, ses espoirs allaient peut être enfin trouver leur réalité...

L'androgyne secoua la tête, jeta un regard affolé aux chiffres lumineux de son réveil et se hâta d'attraper la sangle de son sac et de sortir de sa chambre en claquant violemment le battant. Il dévala quatre à quatre les deux étages, faillit se cogner contre la femme de ménage qui nettoyait mollement la baie vitrée, piqua une barre énergétique dans la cuisine et l'engloutit en chaussant ses santiags. Quelques secondes plus tard, il fermait derrière lui la fameuse porte arrière et prenait la direction de la bouche de métro la plus proche, régulant son rythme cardiaque en constatant qu'il serait finalement largement à l'heure.

Alors qu'il allait s'engager sur l'escalator qui conduisait aux quais, on l'attrapa doucement par l'épaule. Surpris, le jeune brun se retourna et son interlocuteur le ramena entièrement à la lumière du jour, émettant un curieux sourire appréciateur. Bill détailla l'individu.

Ses dreadlocks blondes lui rappelaient vaguement quelque chose, tout comme la lueur allumée au creux de ses pupilles noisette. La remarquable finesse de sa courbe de menton l'éclaira enfin sur l'identité du jeune homme. Il s'agissait d'un des employés qui travaillaient à restaurer la façade et le portail. Il l'avait aperçu de loin le matin même.

En face de lui, le dreadé ne l'avait pas quitté des yeux et un sourire en coin charmeur débordant d'une insupportable suffisance étirait ses lèvres.

« Salut... » lâcha le blond d'une voix onctueuse.
« B'jour. » répondit Bill d'un ton assez sec.

Le regard et le sourire que lui portaient son interlocuteur ne le trompaient pas. Il était fréquent qu'on le prenne pour une jeune fille mais, étant gay confirmé, il ne parviendrait sûrement jamais à s'habituer aux lamentables tentatives de drague dont il faisait régulièrement l'objet.

« Dis moi, je t'avais jamais vue par ici » poursuivit le dreadé, nullement refroidi par la froideur de l'androgyne « tu viens d'arriver non ? »

« En effet. »

Et tu sais où je vis ? pensa-t-il en retenant un sourire malicieux Dans la maison de ton patron, mon p'tit gars ! Bill s'efforçait de rester froid et de paraître agacé, mais, en son for intérieur, il ne pouvait s'empêcher de se marrer.

« Ouais, je me disais bien ! Une beauté comme toi, tu penses bien que je l'aurais remarquée... »

Bill répondit par un regard glacial au clin d'½il bourré de sous-entendus lancé par le blond. Son regard dédaigneux passait rapidement du sourire charmeur du dreadé aux mains qui se cachaient presque sous son large T shirt. L'individu était apparemment hétéro jusqu'au bout des doigts de pieds.

« Parce que tu t'es déjà tapé toutes les belles créatures de Berlin, je suppose ? » soupira l'androgyne, qui commençait à s'amuser.

« Arrête ! » protesta l'autre avec une humilité mal jouée « C'est pas mon genre ça ! »

« Ah oui ? Bon. »


Pourtant draguer quelqu'un de cette façon, en pleine rue, ça cache de la pulsion sexuelle ça... Et il a l'air habitué, en plus, le beau gosse ! S'amusa Bill.

« Hum. Je dois y aller, j'suis à la bourre. » Annonça-t-il abruptement, reprenant son masque de jeune vierge importunée.

Alors qu'il tournait impatiemment les talons, la voix du dreadeux se fit à nouveaux entendre derrière lui, lançant sur un ton enthousiaste rempli de promesses :

« A bientôt ! ... »

L'androgyne secoua la tête avec une exaspération amusée en dévalant rapidement les marches automatiques de l'escalator. Il prit place dans une rame presque vide et s'efforça de chasser le jeune ouvrier de ses pensées.

Sa journée fut particulièrement monotone et c'est la mine grise qu'il s'engagea dans la rue bordant l'arrière de sa villa. La chaleur était étouffante, il sentait quelques gouttes de sueur perler au niveau de ses tempes et craignait que son eye-liner ait coulé. Pressé de rentrer, il ne vit pas l'ombre qui le guettait un peu plus loin sur le trottoir, mais sursauta avec violence en entendant retentir dans son dos un sifflement admiratif. Il se figea sur le trottoir, les pupilles fixées sur les pavés, ne prenant pas la peine de se retourner.

« Hey ! » entendit-il dans son dos.

Il pivota sur lui-même en prenant bien soin de lever ostensiblement les yeux au ciel.

« T'as de la chance que je sois pas cardiaque... » grogna-t-il, du ton le plus hargneux qu'il avait en réserve.

Il fut surpris de voir une petite note d'embarras apparaître sur le visage du dreadeux, mais elle en disparut si vite qu'il pensa se l'être imaginée.

« Oh, j't'ai fait peur, belle brune ? » demanda le blond, toujours de ce ton limite mielleux insupportable, avec un étonnement feint.

Bill leva les yeux au ciel, cette fois sans avoir besoin de se forcer. On frôlait le drame national là... « Belle brune »... Il songea que si le dreadé commençait à l'appeler ma chouquette en sucre, il irait porter plainte de toute urgence pour agression verbale.

Fort heureusement cela n'arriva pas, et l'androgyne s'empressa de prendre congé sans autre forme de salutation. Il reprit sa route, tourna le coin de la rue et pressa l'interphone du portillon, partagé entre l'hilarité et l'agacement que lui inspiraient la rencontre avec le jeune ouvrier.

Après avoir grésillé pendant cinq bonnes minutes, l'interphone fit enfin entendre une voix féminine :

« Oui ? »

« M'man ? » interrogea l'androgyne.

« Ah chéri ! Tu n'as pas ta clé ? »

« Si je sonne, à ton avis... »

« Oui, oui... »
soupira-t-elle. « Je t'ouvre. »

Le portillon s'entrouvrit doucement, laissant entrer un brun miné par la chaleur et la journée passée qui s'effondra avec un soupir de bien être, le nez dans le gazon vert tendre de la propriété et respira quelques instants l'odeur fraîche de la pelouse avant de se retourner sur le dos.

Lentement, il sentit ses muscles se détendre un à un et passa ses mains derrière sa nuque pour admirer le ciel désespérément azur. Il avait toujours adoré les nuages, formes mystérieuses perdues dans l'immensité de la voûte céleste.

Les gros cumulonimbus blancs comme neige qui voguaient majestueusement en défiant l'attraction terrestre l'inspiraient particulièrement. Il parvenait toujours à saisir une histoire entre leurs courbes cotonneuses.
Il appréciait aussi beaucoup les traînées nuageuses qui s'attardaient jusqu'au coucher de soleil, longs filaments fins et inconstants qui se teintaient de rosée et d'or pour noircir complètement avec la venue du crépuscule.
Pourtant, ceux qui le fascinaient le plus étaient les immenses nuages d'un noir d'encre qui annonçaient l'orage. Il aimait la lumière jaune surnaturelle qui les accompagnait. Il aimait voir ces géants menaçants crever au dessus du monde en une ondée glacée.

L'absence de nuages dans le ciel, ce soir là, n'était donc pas pour lui synonyme de belle journée. Non, cela renforçait juste son sentiment d'avoir passé une journée bien trop fade pour être évoquée.

Il ferma les yeux sur cette pensée et une image s'imposa à lui. D'abord nébuleuse comme une voûte nuageuse, elle prit forme petit à petit, les traits se précisant de plus en plus, formant deux iris scintillants, un sourire tendre, un menton fin, une pluie de dreadlocks sur une paire d'épaules minces. Un visage.

L'expression inscrite sur ses traits, cette étrange tendresse, intrigua Bill qui savait se l'être inventée. Il fut aussi surpris de la précision avec laquelle sa mémoire lui rapportait le moindre détail de son interpellateur du matin, ne l'ayant aperçu que très brièvement.

Il rouvrit les paupières, sentant son c½ur se serrer quelque peu, et sourit au ciel en apercevant un minuscule nuage apparaître à l'horizon. Il laissa ses yeux le détailler, cherchant quelque forme qu'il pourrait lui donner. Il oscilla longtemps entre les oreilles d'un lapin et les dernières phalanges de deux doigts proclamant « peace and love » puis finit par opter pour deux grands yeux ovales qui l'espionnaient depuis l'univers.

Dans une autre vie, un rêve lointain auquel il avait depuis longtemps renoncé, il y aurait sans doute aperçu un c½ur flottant doucement dans sa direction.



[...]



« Biiiiiiiiiiiiiiiiiill ! »

Deux yeux bruns s'ouvrirent avec difficulté, tandis que l'interpellé grognait avec force dans son oreiller. Sa mère aurait pu lui épargner de profiter de sa douce voix mélodieuse au moins ce matin là.

Il posa alors son regard sur le réveil couché sur sa table de nuit et bondit de son lit avec affolement.

« Merde » marmonna-t-il en fouillant le tas de vêtements échoué près de son lit « Merde, merde, merde ! »

Il finit par trouver ce qu'il cherchait parmi les habits et entreprit de les revêtir le plus vite possible, tout en continuant de jurer à voix basse. Il rendit ensuite une visite express au miroir de sa salle de bain, soulignant ses yeux d'un trait noir tremblotant et passant de grands coups de brosse rageurs dans sa tignasse emmêlée. Il sauta dans une paire de santiags échouée là depuis la veille, attrapa son sac et courut. Il dévala les escaliers, traversa la maison, poussa l'imposante porte d'entrée et déboucha dans l'allée centrale du parc qu'il traversa à fond de train, visant le portail en rénovation.

Il s'apprêtait à le franchir quand il fut arrêté par la vision pour le moins comique de l'ouvrier aux dreads blondes qui l'avait sifflé la veille. Les yeux écarquillés, la bouche légèrement entrouverte, il le regardait passer avec un air d'incompréhension totale.

L'androgyne le salua d'un geste malicieux de la main, continuant à courir, faisant mine d'ignorer le regard ébahi du dragueur posé sur son postérieur qu'il agitait de son mieux de droite à gauche au rythme de sa course effrénée.

Le dreadeux lâcha son pinceau de vernis sous le choc et, le rattrapant d'extrême justesse contre ses jambes, s'étala de la substance visqueuse sur les cuisses de son bleu de travail. Il cligna des yeux quelques instants, comme pour essayer de reprendre ses esprits, et resta immobile, jambes serrées et yeux écarquillés, sans parvenir à détacher son regard du brun qui s'était éloigné.

Bill retint le sourire narquois qui menaçait de pointer au coin de ses lèvres et ouvrit la portière de sa Mini, garée sur le parking de la propriété de son père. Les matins où il avait le temps, il préférait aller à la fac en métro, mais aujourd'hui il n'avait pas le choix. Une fois installé face au volant, il se permit d'éclater de rire en se remémorant la mine totalement désappointée du dreadé. Cet évènement réjouissant lui donnait au moins une bonne raison de s'être levé !

Il passa une journée aussi désespérément calme que la veille et le sursaut de bonne humeur qui l'avait traversé suite à la réaction de l'ouvrier aux dreads blondes s'éteignit aussi rapidement qu'il était arrivé. Les heures s'étiraient telles un immense chewing gum devant le jeune androgyne qui poussait déjà soupir sur soupir avant même l'heure du déjeuner. Agacé par une énième de ses lourdes respirations accablées, son ami Lukas, qui avait pris place près de lui, lui glissa à l'oreille :

« Eh Bill, si t'en as marre, rentre chez toi c't'aprèm. T'avances à rien, là. »

Le brun sourit à son interlocuteur et acquiesça d'un signe de tête.

« T'as p't'être raison. Je vais rentrer manger et je resterai faire une sieste. »

« Manque de sommeil ? »

« Pas vraiment... »

« Alors quoi ? »


Bill se tut un instant, puis, rangeant ses affaires dans son sac, marmonna :

« Manque d'amour, peut être. »


Ses joues s'empourprèrent et il laissa un rideau de cheveux bruns cacher son visage. Il ne savait pas pourquoi il venait de dire ça, la phrase lui avait échappé. Et pourtant, il n'avait aucune raison de ses justifier ainsi. Il s'était promis de ne plus avoir besoin d'amour extérieur à son petit cercle affectif habituel. Non, il avait juste envie d'un peu de nouveauté dans son existence trop bien réglée.

Sous le regard interrogateur de Lukas, le jeune androgyne s'éclipsa discrètement de l'amphithéâtre, se fondant au milieu des autres élèves pour ne pas avoir à s'expliquer. Il se pressa tant et si bien que, quelques secondes plus tard, il faisait vrombir sa voiture dans les rues Berlinoises. Il s'ordonna mentalement de se calmer et la pression exercée par ses doigts sur le volant se détendit un peu, rendant quelques couleurs à ses phalanges qui avaient tourné au blanc.

Il était énervé. Horriblement énervé à cause de cette phrase irréfléchie. Enervé contre lui même.

Il avait traversé beaucoup d'épreuves, les années précédentes, et même s'il avait eu du mal à les surmonter, il en avait au moins retenu une leçon qu'il comptait bien conserver jusqu'à la fin de ses jours. L'amour n'apporte rien. Ou du moins n'était-il pas fait pour lui apporter quelque chose à lui. Plusieurs fois, il avait cru trouver la bonne personne, mais ces idylles s'étaient toutes soldées par une rupture toujours très douloureuse. Bill était d'un naturel passionné, il s'emportait facilement sur un coup de tête, et les désillusions qu'il essuyait en étaient d'autant plus rudes.

Alors il s'était promis de ne plus tomber amoureux. De ne plus succomber à la fièvre des débuts qui cachait une dégringolade assurée. Il pensait qu'il s'en sortirait bien mieux comme ça. Et jusqu'à ce jour, il avait pensé être convaincu par cette idée.

Seulement, cette phrase, si bénigne en somme, venait de lui prouver que cette prétendue certitude sur laquelle il se basait depuis plusieurs mois n'était qu'un moyen de se voiler la face.

A cette pensée, une nouvelle bouffée de colère grimpa dans sa poitrine et il ferma les yeux quelques fractions de secondes, exaspéré par ses propres pensées, refusant de réaliser. Toutes ces idées contradictoires lui donnaient la nausée...

A peine rentré chez lui, Bill s'enferma dans sa chambre à double tour, calfeutra la fenêtre du mieux qu'il put avec du scotch noir et, se débarrassant de ses vêtements, s'enfouit profondément sous sa couette, armé de son ordinateur portable et d'un paquet de barres Kinder. Il entrait dans une de ce qu'il appelait ses phases d'hibernation. Il ne devait pas en émerger avant au moins deux jours.



[...]



Et c'est en effet 48 heures plus tard que trois petits coups timides frappés à la porte de sa chambre lui firent sortir la tête de sous sa couette. Pâle, hirsute, son maquillage étalé sur ses joues, Bill mit quelques instants à s'habituer à la lumière qui filtrait de la porte entrouverte. Il reconnut la silhouette de sa mère, appuyée au chambranle, qui le contemplait avec une certaine affliction.

« Lut' M'man » grogna-t-il, la voix rauque.

« Bonjour chéri. »

« Qu'est c'qu'y a ? »


« Hum. Ton père... Enfin, les ouvriers ont fini la rénovation du portail et le ravalement de la façade et ton père a invité quelques uns d'entre eux à prendre un pot au salon. »

« Ouais, et ? »


Il avait retenu un « qu'est ce que ça peut me foutre » qu'il savait indélicat, mais il avait hâte de retourner à son engourdissement si confortable. Sa mère eut un faible sourire qui ressemblait vaguement à une grimace.

« Il aimerait que tu viennes aussi. »

« Rooh... »
grommela l'androgyne.

« Bill, je sais que tu détestes qu'on te sorte de tes torpeurs passagères mais je crois que tu devrais vraiment descendre ce soir. T'enfermer comme un ours dans sa tanière ne t'aidera pas à résoudre quoi que se soit. »

« ... »

« On se retrouve au petit salon du rez de chaussée à 19 heures. »


Elle referma le battant, laissant l'obscurité s'installer à nouveau. Toujours assis dans ses draps, Bill murmura une volée d'imprécations bien senties contre la vie en général et se décida à émerger. Il sortit un premier pied timide hors de sa couette, le posa sur la moquette et envoya l'autre le rejoindre avec un soupir. Traversant la pièce, il s'étira comme un chat et enleva avec quelques difficultés le scotch noir qui obstruait la lumière. Il resta ensuite planté plusieurs minutes devant le battant, la main devant les yeux, retrouvant l'éblouissante lumière du jour, après quoi il contempla le portail fraîchement repeint et vernis et esquissa un sourire résigné de capitulation.



[...]



Quelques heures plus tard, il sortait de sa salle de bain, abondamment maquillé, les cheveux lissés avec soin et vêtu de vêtements consciencieusement choisis. Une chemise noire moulante au col ouvert laissant voir un tour de cou en cuir, un jean bleu délavé tout aussi moulant sobrement orné d'une chaîne argentée et une nouvelle paire de santiags mettaient en valeur sa silhouette fine et efféminée. Il avait toujours besoin de se sentir soigné quand il sortait de ses torpeurs.

Quand il entra dans le salon du rez-de-chaussée, quelques minutes après 19 heures, celui ci était déjà occupé par une petite dizaine d'hommes regroupés, un verre à la main, autour de son père. Les ouvriers avaient quitté leurs vêtements poussiéreux et arboraient des tenues sobres, assez élégantes. Bill essaya de se glisser au milieu d'eux le plus discrètement possible, mais, sitôt fut il intégré au cercle des ouvriers que son père le tirait doucement par la manche en disant :

« Tenez, voilà mon fils, Bill. »

L'androgyne se dégagea avec douceur de l'étreinte de son père et se retourna pour regarder son interlocuteur. Quelle ne fut pas sa surprise en découvrant les joues écarlates et les pupilles écarquillées du dreadé qui l'avait abordé quelques jours plus tôt ! Bill, se mordant fortement la lèvre pour ne pas rire, imaginait les mots de son père tourner lentement dans l'esprit du jeune homme. « Voilà mon fils, Bill. » « Mon fils, Bill. » « Mon fils... »

Sans remarquer la gêne et l'incrédulité de son ouvrier, le père de Bill poursuivit les présentations :

« Bill, je te présente Tom. Il a travaillé avec les autres pour restaurer le portail. Il a 21 ans depuis hier, je me suis dit que ça serait bien de vous présenter ! »

Ledit Tom avait baissé les yeux et, plus rouge que jamais, contemplait piteusement ses chaussures. Bill refréna l'éclat de rire qui remontait à toute vitesse dans sa gorge, et, une lueur de malice pétillant au fond de ses yeux, déclara d'un ton badin :

« Oh on a déjà eu l'occasion de s'apercevoir... Enchanté de faire ta connaissance, Tom. »

« De même. »
marmonna le dreadé, les yeux toujours fixés au sol.

« Vous voulez monter faire plus ample connaissance chez Bill, les garçons ? » proposa le père de Bill avec affabilité.

« Euuh... » commença Tom.

« A vrai dire, on... » poursuivit Bill.

« Allez, allez, montez ! Vous serez mieux entre jeunes ! »


Il les poussa tous deux vers la porte qu'il referma derrière eux d'autorité, apparemment fier d'avoir contribué à ce début d'amitié on ne peut plus prometteur...

Les deux jeunes hommes se regardèrent quelques instants, stupéfaits de se retrouver tous les deux dans le couloir.

« Tu l'excuseras » soupira Bill en pointant un doigt vers la porte « mon père sait que je lui en veux de déménager si souvent alors il essaye de se rattraper... »

« J'vois ça... »

« Bon, ben j'crois qu'on est condamnés à monter hein ! »


Et quelques volées de marches plus tard, ils pénétraient tous deux dans la chambre du brun.

« Fais pas gaffe au bordel, j'étais un peu déphasé ces derniers jours » sourit l'androgyne.

Tom hocha doucement la tête et se laissa tomber sur le lit avec un soupir, les joues encore roses de l'incident du salon. Bill posa ses fesses sur le rebord de son bureau et le contempla quelques instants, le sourire aux lèvres.

« Tu m'en veux pas trop de pas être resté la belle inconnue de la rue de derrière ? » s'esclaffa-t-il gentiment.

« Désolé d'être si con » bafouilla Tom, rougissant à nouveau « mais c'est moi. »

« J't'en veux pas, va. Je cultive ce look androgyne depuis tellement d'années que je me suis habitué à tout. Et puis, tu n'es pas le premier. »

« C'est pas que tu aimes ça, quand même ? »

« Nan, loin de là. Surtout que les mecs qui m'abordent ne sont pas vraiment mon style... »

« Hein ? Qu'est ce que... »

« Ils sont genre... Hétéro jusqu'à la moelle ? »

« Oh ! »

« Et puis, ils possèdent toujours un ego bien trop développé à mon goût ! »

« Je vois ce que t'essayes de me faire comprendre... J'ai été pitoyable hein ? »

« Je sais pas ce que tu vaux réellement, mais c'est vrai que tes techniques de drague étaient assez peu convaincantes. »


Le dreadé eut un petit rire et rabaissa la visière de sa casquette sur ses yeux.

« Okay, okay, on n'en parle plus ! » rigola Bill en constatant sa gêne.

Tom lui adressa un regard reconnaissant et, n'osant le regarder plus longtemps, baissa à nouveau les yeux vers le tapis.

« Alors, ça te plait Berlin ? » lui demanda-t-il pour changer de sujet.

« Moui, pour ce que j'en ai vu. Je ne sors pas beaucoup, je ne connais personne. Et puis ces deux derniers jours, j'ai eu un p'tit coup de blues et je suis resté enfermé. »

« Moi non plus je ne suis pas là depuis très longtemps. Mais en fait, c'est vraiment une chouette ville quand on prend le temps de sortir. »

« Tu parles, je me perdrais, tout seul... »

« C'est sûr que c'est grand ! »
s'esclaffa le blond, légèrement moqueur.

Toujours posé sur le bureau, Bill détaillait le dreadé avec une certaine avidité dont il ne prenait pas conscience. Tout l'intriguait, chez lui. Ses petites dents blanches qui mordillaient son piercing au labret, la finesse de ses courbes de visage, son regard fuyant dès qu'il se posait sur lui, ses doigts qu'il triturait depuis un moment d'un air pensif... Ce fut au tour de l'androgyne de détourner le regard, le rouge aux joues. Il masqua sa gêne derrière un bâillement surdimensionné tandis que le blond reprenait la parole :

« S'tu veux je peux t'emmener faire un tour, demain soir... »

Bill reposa ses pupilles sur lui, leurs regards se croisant, et il sourit avant de répondre :

« Pourquoi pas ? On se retrouve à la bouche de métro vers 18 heures ? On aura le temps de faire quelques magasins, comme ça... »

« Aah mon dieu, un accro du shopping !! Dans quoi est ce que je me suis embarqué ! » fit semblant de paniquer le blond.


« Tss ! »
protesta l'autre en lui tirant la langue. « J'suis sûr que tu passes autant de temps que moi dans les magasins ! »

« Sans doute »
concéda le blond avec un demi sourire « Mais certainement pas dans les mêmes magasins ! »

Ils rirent tous deux et leurs regards s'accrochèrent une nouvelle fois. Il y avait quelque chose de neuf pour tous les deux, dans l'ambiance de la chambre de l'androgyne. Un parfum de nouveauté, de joie, de simplicité. Et cette sensation les comblait tous les deux.

Ils passèrent le reste de la soirée à parler de tout et n'importe quoi, se découvrant un peu, effaçant totalement le léger malaise instauré par la « confusion » de Tom sur le sexe de l'androgyne. Ils se quittèrent vers 23 heures avec un certain regret, se rappelant le rendez-vous promis le lendemain.

Tom sortit dans la tiédeur du crépuscule et décida de rentrer chez lui à pied, comme chaque fois qu'il avait passé une bonne soirée et voulait en profiter encore un peu plus. Il n'habitait pas très loin, mais il fallait tout de même compter une bonne demi-heure de marche. Il en profita pour se repasser le cours de sa soirée. Ce qui lui était arrivé était somme toute assez étrange... Il était venu à un 'pot de remerciement', où on lui avait présenté ce qu'il pensait être une belle nana inconnue mais se trouvait en fait être le fils de son patron et, malgré ces évènements qui auraient du gâcher sa soirée, il était heureux comme rarement il l'était en rentrant chez lui le soir.



[...]



Le lendemain soir, une pluie diluvienne s'abattait sur la ville avec une telle force que le regard n'arrivait pas à percer le rideau humide à plus de deux mètres. Les rares passants qui n'avaient pas encore déserté les rues se hâtaient sous leurs parapluies, serrant leurs vestes trempées contre eux, maudissant ce déluge imprévu.

Bill, tête nue, les mains enfoncées dans les poches d'un blouson gorgé d'eau, souriait doucement face à l'empressement et au mécontentement des pauvres passants trempés. Il présenta son visage au ciel, renvoyant en arrière quelques mèches mouillées, et goûta avec délice la sensation familière des trombes d'eau frappant sa peau et dégoulinant le long de ses joues.

Il était encore dans cette position quand une main tiède se posa doucement sur son épaule mince. Sans manifester le moindre signe de surprise, Bill baissa un visage radieux ruisselant de gouttes étincelantes vers son interlocuteur. A la vue des dreads dégoulinantes laissées entièrement libres qui balayaient avec grâce les épaules et le dos de Tom, le sourire de l'androgyne s'élargit encore.

Tom souriait, lui aussi. Le petit éclat dans ses yeux achevait de prouver au monde entier qu'il était heureux de se trouver là, sous une pluie battante, savourant la légère chaleur humide provenant de l'épaule de l'androgyne.

« Coucou. » dit-il doucement.

« Salut... » sourit le brun. « T'as vu cette pluie ? C'est un truc de dingue... »

« Mm. Surtout que personne ne s'y attendait... »

« Enfin, j'aime bien la pluie. C'est le meilleur moyen de trouver un peu de solitude et de tranquillité quelque part... »


Comme pour les approuver, le déluge redoubla soudain d'intensité, les faisant sourire simultanément. Sans s'être concertés, les deux jeunes hommes commencèrent leur route, dédaignant la bouche de métro pour continuer à savourer le choc des gouttes d'eau sur leur peau. Tom guidant leurs pas, ils parcoururent les rues Berlinoises durant presque une heure. Ils firent du lèche vitrine dans une rue piétonne déserte, déambulèrent le long du fleuve en admirant les eaux agitées par les gouttes de pluie, et ils parlèrent, parlèrent, inlassablement.

Ils se racontèrent leurs histoires respectives, se confiant instinctivement à l'autre; se trouvèrent plusieurs passions en commun; s'entendirent sur bien des points. Une sorte de complicité naturelle régnait entre eux, un climat détendu où même les silences avaient une raison d'être. Ils rirent beaucoup ce soir là, de tout et n'importe quoi, l'averse les plongeant dans une sorte d'euphorie inexplicable et incroyablement bienfaisante.



[...]



Tom avait chaud. Non, froid. Il épongea la sueur de son front pour la énième fois, et songea que cette sensation était vraiment indéfinissable. Pris d'une nouvelle bouffée de chaleur, il ouvrit la fenêtre donnant sur son balcon et sortit dans l'air frais de cette fin d'après midi. Il alla se pencher par-dessus la rambarde pour observer les toits Berlinois, puis s'allongea de tout son long sur le dos, à même le balcon noirci par la pollution. Le ciel était chargé de nuages fins, que le coucher de soleil teintait de rose. Tom aurait tellement aimé que Bill soit là. Bill adorait les nuages. Et ceux là étaient si beaux...

Le dreadé laissa échapper un soupir. Encore et toujours, ses pensées le ramenaient à Bill. Depuis leur première rencontre, trois mois auparavant, son monde tournait autour de la charismatique personne de Bill Kaulitz. Il était risible de penser qu'il l'avait d'abord pris pour une fille. Et qu'il l'avait plus ou moins lamentablement dragué en pleine rue. Comme il l'aurait fait pour n'importe quelle fille.

Mais tout était différent, avec Bill. C'est ce qui troublait Tom à ce point. En trois mois, il s'était petit à petit attaché au brun, toujours plus fort. Il s'arrangeait pour le voir dès qu'il avait un instant de libre. Et les rares moments où il n'était pas avec lui, il les passait à penser à lui. C'était devenu un automatisme perturbant. Tout le ramenait à l'androgyne. Absolument tout.

Il songeait à tout cela, allongé sur son balcon, et la petite pensée qui le titillait depuis quelques semaines en profita pour revenir à la charge, insidieusement. Pourtant c'était impossible. Ce devait être autre chose. Ce ne pouvait pas être comme s'il était une fille... Si ?

Tout d'un coup, il fit froid. Les grelottements reprirent le blond soudainement et il bondit sur ses pieds pour regagner son appartement à la hâte. Il se blottit sur son canapé et décida d'arrêter de réfléchir.

A l'instant même, ou presque, où il prenait cette décision, il entendit la porte de son appartement s'ouvrir et sourit en voyant l'androgyne entrer en trombe dans le salon.

« Tomi ! » s'exclama-t-il en le rejoignant sur le sofa.

« Hey ma belle ! »


Ce surnom était devenu une sorte de rite entre eux, un souvenir de leur première rencontre. Bill restait finalement la « belle brune » de Tom.

« Navré de pas avoir prévenu, mais je suis sorti plus tôt et j'ai couru jusqu'ici sans m'arrêter ! »
déclara le brun avec malice.

« Tu tombes bien, je commençais justement à avoir faim... »

« Il te reste des carottes ? »

« Toujours ! »


Le brun sourit et prit la direction de la cuisine. Les carottes... C'était aussi une de leurs habitudes, datant du jour où ils s'étaient découvert une passion commune pour les carottes crues. Ils aimaient mordre à pleine dent dans la chair ferme et sentir les miettes oranges leur envahir la gorge. Ils aimaient se sourire après avoir fini, et rire parce qu'ils en avaient plein les dents. C'était comme la pluie sur la peau, comme les nuages, comme les surnoms idiots. Ces petites choses qui faisaient de la vie un bonheur simple et parfait.

Ils n'avaient besoin de rien d'autre, finalement. Juste de la présence de l'autre.

Bill revint, tendit à Tom une immense carotte et mordit dans une autre, s'affalant pensivement sur le tapis.

« Passé une bonne journée ? »

« Mouais... J'ai eu des sautes de température bizarres... »

« Pardon ? Des sautes de température ? »
manqua s'étouffer le brun, haussant un sourcil bourré de sous-entendus.

« Oh ! Mais non, pas ça idiot ! » se récria Tom en lui balançant un coussin à la figure. « T'es vraiment... »

« Ouais je sais... Un cas irrécupérable ! Alors, tu m'expliques ce que tu entends par 'sautes de température' ? »

« Depuis ce matin, j'ai des bouffées de chaleur affreuses et vingt minutes plus tard je grelotte comme un taré et j'ai les lèvres toutes bleues ! J'ai passé ma journée à sortir sur le balcon pour me rafraîchir et à re-rentrer à toute vitesse pour chercher des couvertures dans le placard. J'te raconte pas la foire, dans ma chambre... »

« T'as de la fièvre ? C'est pas normal du tout ça... »


« Pas besoin d'être médecin pour diagnostiquer ça, belle brune ! » rigola le dreadé.

La belle brune en question se renfrogna, lui adressa un geste éloquent, et croqua dans sa carotte sans plus s'occuper de lui.



[...]



Le soir venu, ils étaient tous les deux allongés de tout leur long au milieu du salon, tête contre tête, dans une intense séance de « confessions nocturnes ». Ils avaient pris l'habitude de s'interroger ainsi des nuits entières, sans jamais se lasser ou se taire. Ils avaient pris l'habitude de se livrer sans peine, de parler sans rien omettre, en observant le plafond, rassuré par la simple présence de l'autre, par la certitude qu'il écoutait. Cela avait énormément contribué à les rapprocher encore plus et pour rien au monde ils n'auraient manqué une de ces soirées.

Ils abordaient à cet instant un sujet pour lequel Bill s'était toujours montré intarissable. Il avait tant de chose à raconter à ce sujet, il en avait tellement souffert, tellement appris... Mais ce soir, l'androgyne voulait savoir ce que Tom avait vécu dans ce domaine dont il ne parlait pas.

« Et l'Amour, alors, tu penses l'avoir connu ? »

« Bill... »
soupira Tom sur un air de reproche.

« Je t'en ai tellement parlé, moi... A toi, maintenant. S'il te plaît... »

« Je... pensais l'avoir connu, avant. »
murmura le blond « Mais maintenant, je sais que ce n'était pas ça. Ca n'était pas assez intense, pas assez prenant... Ca... n'était pas... comparable... »

« Comparable ? »

« Oui. »
souffla-t-il d'une voix très faible.

« Comparable avec quoi ? »

N'entendant aucune réponse, Bill souleva légèrement la tête et se tourna vers son ami. Il le détailla quelques secondes puis étouffa une exclamation, s'accroupissant à ses côtés.

« Ca n'va pas ? » demanda-t-il d'une voix angoissée.

Des gouttes de sueur perlaient sur le visage du dreadé qui fit non de la tête d'un air douloureux. Bill l'aida à se rallonger sur le canapé en marmonnant avec une certaine douceur :

« Je t'avais bien dit que tu avais de la fièvre... Ne bouge pas, je vais te chercher une aspirine. »

« Non ! »
le retint Tom, alors qu'il esquissait un geste pour partir. « Reste un peu... »

Il agrippa sa manche et le força à s'agenouiller près du canapé. Bill eut un petit sourire et essuya de l'index quelques traînées de sueur sur le front du blond.

« Juste un peu alors. T'as vraiment besoin de prendre quelque chose pour calmer ta fièvre... »

« Oui, mais avant je voudrais... te dire... Te répondre... »

« A quoi donc ? »

« Je voulais dire que ce n'était pas comparable... Tu sais... »

« Oui ? »

« Pas... comparable... à toi... »

« Oh... »

« Maintenant, tu peux aller me chercher un cachet, ma tête ne va pas tarder à exploser... »


Le brun opina en silence, et s'exécuta. Il revint bientôt armé d'un verre d'eau et d'un cachet d'aspirine que Tom avala d'une traite avant de tomber endormi sur le canapé. Bill le couvrit de quelques couvertures qui trainaient et resta longuement là à l'observer, assis sur le tapis, le menton dans les mains. Il ne prononça plus un mot durant les 10 heures qui suivirent.

Ces 10 heures ne furent qu'un immense silence. Qu'une interminable incertitude. Qu'une suite sans fin de questions sans réponse, brisée par des allers-retours réguliers pour aller chercher de l'eau fraîche ou une nouvelle plaquette de médicaments. Tom se réveillait toutes les deux ou trois heures, jetait un regard fiévreux à l'androgyne qui lui tendait un cachet qu'il avalait sans un mot avant de se rendormir aussi facilement que s'il venait simplement de rêver.

Bill n'avait pas le souvenir de s'être endormi. Sa seule notion du temps résidait encore dans les réveils du dreadé, dont il savait n'en avoir manqué aucun. Il se contentait de rester immobile, les yeux posés sur le visage transpirant de Tom, sentant la peur faire des montagnes russes au niveau de son estomac. Elle montait à une vitesse vertigineuse, grandissant jusqu'aux limites du supportable, puis s'apaisait petit à petit au rythme des respirations du blond.

Il avait peur, oh dieu, oui, il avait peur...

Il s'était laissé avoir, encore une fois, sans même le réaliser. Et il n'arrivait même pas à s'en vouloir. Il ne pouvait plus qu'avoir peur. Comme un lâche. Comme une fille...

Cette réflexion on ne peut plus machiste le fit sourire une demi-seconde, le ramenant aux mots prononcés par Tom des heures auparavant. Il effleura la joue de ce dernier. En voilà un qui était courageux. Un qui avait surmonté sa peur et laissé s'effacer toutes ses convictions pour ne plus voir que la vérité.

« Si seulement je pouvais être aussi courageux que toi, Tomi, si seulement... » murmura-t-il presque inconsciemment.

Un petit sourire fatigué étira les lèvres du Tomi en question et il répliqua d'une voix rauque, les yeux encore clos :

« Il suffit de le vouloir, belle brune... »

Bill se mordit la lèvre, partagé entre la stupéfaction et une irrésistible envie de rire. Il se pencha doucement au dessus de Tom et souffla :

« Tu n'dormais pas ? »

« Ta voix réveillerait n'importe qui... »
s'esclaffa le blond en souriant plus franchement.

Il ouvrit alors doucement les paupières, offrant à Bill un plongeon vertigineux dans le noisette de ses yeux, et son expression se fit rêveuse. Il ne se souvenait pas avoir jamais vu son visage de si près. Il distinguait chaque courbe, chaque détail de sa peau, chacun de ses cils, chaque infime tremblement de ses lèvres veloutées. Il sentit la tête lui tourner sans pouvoir déterminer si c'était la fièvre qui le reprenait ou tout autre chose. L'odeur sucrée émanant de la peau de l'androgyne l'envahit tout entier et il se sentit partir.

Avant d'avoir pu retrouver un tant soi peu ses esprits, Tom sentit les lèvres de Bill contre les siennes et tout explosa. Une immense explosion de lumière qui l'aveugla, l'enveloppa, le coupa délicieusement du monde. Sans vraiment savoir ce qu'il faisait, il approfondit le baiser, frissonna en sentant le corps de l'androgyne se coller au sien, le serra toujours plus contre lui en une quête fiévreuse de fusion éternelle.

Leurs lèvres se séparèrent une fraction de seconde, projetant sur celles de l'autre un souffle qui le fit frissonner, puis s'unirent de nouveau. Tom passa une main douce dans la nuque de Bill et, de l'autre, pressa le bas de son dos pour le sentir encore plus proche. Leurs jambes s'entremêlèrent sur le sofa, leurs respirations se firent pressantes entre leurs lèvres toujours scellées. Bill entourait tendrement de ses mains la base des joues du dreadé, comme s'il voulait montrer qu'il en était le possesseur absolu.

Ca avait quelque chose d'unique, un goût qu'aucun d'entre eux n'aurait pu se vanter d'avoir connu. C'était tellement différent, et pas uniquement parce que Bill n'était pas une fille, ou que Tom avait réussi à faire tomber toutes les résolutions du brun. C'était comme l'effondrement de leurs certitudes idiotes, la confirmation indiscutable qu'ils avaient eu raison de changer d'avis.

Les lèvres de Tom étaient déjà rougies lorsque Bill les délaissa quelques instants pour parcourir ses pommettes et son cou de baisers légers. Il eut un petit soupir en découvrant la saveur de cannelle étonnante de la peau du dreadé et, persuadé ne jamais pouvoir s'en lasser, entreprit de lui butiner tout le visage. Tom ne put retenir un gémissement lorsque l'androgyne lui mordilla le lobe avec une certaine gourmandise et qu'il sentit ses mains fraîches se glisser sensuellement sous son T shirt. Il se mordait les lèvres tant que possible, les mains passées dans la chevelure soyeuse de l'androgyne qu'elles ébouriffaient à souhait. Lorsque ce dernier fit passer le T shirt du dreadé par-dessus sa tête, un léger frisson le parcourut.

Bill enroula ses jambes autour de la taille du blond et, scellant leurs lèvres de nouveau, se redressa en entraînant Tom dans sa course.

La quasi-totalité de leurs vêtements fut bientôt éparpillée aux quatre coins de la pièce. Chaque nouvelle rencontre de leurs peaux nues leur arrachait de délicieux tressaillements, l'espace résonnait de leurs respirations saccadées et bruyantes, mais ils n'en avaient pas conscience le moins du monde.

La tête renversée en arrière, Bill gémissait tandis que le blond explorait son torse du bout des lèvres, de la langue, des dents, descendant de plus en plus bas en une montée de désir insoutenable. Tom enleva vivement le boxer de son compagnon, le faisant se cambrer légèrement, et sourit.

« Y a un truc qui cloche, belle brune... C'est quoi ça ? »

Il passa le bout de l'index tout le long du sexe de Bill qui étouffa un gémissement dans son poing.

« Faut croire... que même... les beaux gosses... font des erreurs... » haleta-t-il difficilement tandis que le dreadé effleurait ses bourses, embrassant l'intérieur de ses cuisses. « Oh bordel » ajouta-t-il en un souffle.

Tom venait de passer un bout de langue mutine sur son gland et il sentait à présent sa bouche autour de sa verge gonflée. Il ne put s'empêcher de fermer les yeux et s'agrippa fermement d'une main à une poignée de dreads blondes. Bill avait beaucoup de mal à croire que le blond était novice en la matière. Il ne contrôlait déjà plus rien, se contentant de s'accrocher à cette touffe de cheveux comme si elle était la dernière chose le retenant sur terre...

Les yeux grands ouverts, Tom ne pouvait s'empêcher d'admirer les courbes du corps pâle de l'androgyne, cambré à l'extrême, quelques gouttes de sueur descendant déjà le long de ses tempes. Ses lèvres vermeilles pincées dans une canine brillante, ses yeux clos, ses sourcils froncés, son torse immaculé, ses mains qui malaxaient ses dreads avec application, les muscles tendus de ses bras fins, tout en la personne de Bill n'était que provocation pour le dreadé qui se sentait confronté à une perfection inégalée. Un ange, sans doute. Quoi d'autre ?

« Elles sont où tes ailes ? » demanda-t-il songeusement en retirant sa bouche.

« Hein ? » répliqua l'autre, dans un souffle à mi-chemin entre le suffoquement et le gémissement.

« T'occupe. » sourit Tom.

Leurs lèvres se retrouvèrent, puis leurs langues, dans une caresse outrageuse qui les fit frémir encore. Leurs mains recommencèrent leur danse le long du corps de l'autre, la température continua à grimper, saturant la pièce entière de leur désir.

Puis, soudain, sans savoir comment, sans comprendre vraiment, Bill sentit Tom sur lui, Tom prêt à entrer en lui, et il pressa sa main contre le bras du blond. Il faisait trop chaud, l'autre était trop proche, ils s'étaient retenus trop longtemps, avaient laissé tomber trop de barrières pour pouvoir encore reprendre leur lucidité.

Bill parvint tout de même à retenir le dreadé quelques instants, plongeant son regard dans le sien. La fièvre qui s'était emparée des pupilles de Tom, les faisant briller, acheva de convaincre le brun qui, plantant ses ongles dans le dos brûlant du dreadé, hocha imperceptiblement la tête à son intention et écarta outrageusement les jambes.

L'invitation était trop tentante pour le dreadé qui avait lui aussi perdu toute maîtrise. Il s'efforça d'être doux, ne voulant rien gâcher, ne voulant surtout pas faire souffrir le brun dont les pupilles noisette le transperçaient comme du fer chauffé à blanc. Il entra en lui avec précaution, avec tendresse, ses doigts fins posés le long des hanches frémissantes de Bill, puis ne bougea plus.

Cette simple sensation était un aboutissement en soi. Il frissonna lorsque Bill gémit sous lui et empoigna sa main, entremêlant leurs doigts. Il voulait se sentir à lui. Entièrement, complètement, totalement à lui.

Il commença doucement à se mouvoir en lui, se sentant monter dangereusement, retenu sur terre par les ongles de l'androgyne s'enfonçant toujours plus dans son dos, comme des punaises le ramenant toujours plus vers lui.

Tom soufflait, s'appliquant à modérer ses mouvements, de plus en plus difficilement. Il n'en revenait pas. Il n'en revenait pas que ça puisse être si... C'était indescriptible. Mieux que tout ce qu'il avait pu ressentir auparavant. Mieux que les filles, mieux que le Nutella, mieux que l'odeur du daphné, mieux qu'un live d'AC/DC, mieux qu'un bain brûlant au milieu de l'hiver, mieux que la liberté, mieux que la vie... Comme un péché ultime. Comme un goût d'interdit.

Il sentait Bill comme jamais, il se sentait accéder avec lui à des sommets encore inexplorés, il se sentait Bill.

Il accéléra ses mouvements inconsciemment, les faisant gémir à l'unisson. Leurs doigts toujours unis se resserrèrent encore et Bill sentit son souffle se couper, tout ses muscles se tendre. Ses pupilles s'écarquillèrent, sa bouche s'entrouvrit en un cri silencieux et tout disparut.

Il rouvrit les yeux sur un coussin du canapé et cru avoir perdu connaissance tant l'orgasme l'avait terrassé. Il comprit que Tom venait lui aussi d'atteindre les étoiles, en sentant son corps pantelant, trempé de sueur, étroitement serré contre le sien.

Ils restèrent ainsi de longues et tourbillonnantes minutes, emplissant la pièce de leurs souffles bruyants, tentant de reprendre leurs esprits.

« Waow... »

Ils n'auraient su dire lequel d'entre eux avait parlé. Le mot résumait tout de manière si parfaite que ni l'un ni l'autre n'éprouva le besoin de rajouter quelque chose. Ils s'enlacèrent plus confortablement dans les coussins du canapé et ne bougèrent plus.



[...]



« Bill, espèce de petite nature, reviens ici tout de suite ! »

Essoufflé, Tom s'agrippa à un coin du buffet pour mieux amorcer le tournant, parcourut le couloir en courant pour voir la porte de la salle de bain se fermer sur une touffe de cheveux bruns légèrement ébouriffés. Un éclat de rire un peu nerveux lui parvint de l'intérieur.

« Trop tard ! »

« Oh, t'abuses ! Tu tiens vraiment à... »

« Je ne regarderai pas ce film de sauvage ! »

« Bill... »

« Mets moi un porno si tu veux, mais pas ça ! »


« Attends... » articula le blond, ébahi. « Répète pour voir ? »

« Tout, tout, tout ce que tu veux, mais pas ça !! »
se contenta de crier le brun.

A l'intérieur de la salle de bain, le dos collé à la porte, Bill attendit dans un silence rempli d'espoir que son petit stratagème fasse effet. Comme Tom ne disait plus rien, il commença à douter.

« Tomi ? T'es toujours là ? » tenta-t-il.

« Ouais. »

« Ah. »


Un autre silence. Bill commença à se demander si Tom n'était pas réellement en état de choc. Non, non, il n'allait pas se laisser prendre à son propre piège. Il résista à la tentation d'ouvrir la porte pour vérifier que le blond n'était pas évanoui sur la moquette et pris son mal en patience.

« Okay, okay ! » entendit-il au bout d'un moment.

Il sourit. Il avait finit par craquer.

Bill ouvrit aussitôt la porte en grand, découvrant un Tom au sourire vaincu, et le poussa jusqu'à ce qu'il ait le dos collé au mur du couloir. Il posa ses mains sur ses épaules, l'admira quelques instants sans se départir de son sourire et captura ses lèvres avec fièvre.

« Putain » grogna Tom lorsqu'ils se séparèrent un peu. « Me suis encore laissé avoir... »

En guise de réponse, l'androgyne lui déposa un baiser innocent sur le bout du nez.

« T'es futé, hein ? Malin, imaginatif, prêt à tout pour arriver à ses fins... Une vraie nana ! »

Bill le fit taire en lui imposant un nouveau baiser, plus enflammé que le précédent. Tous deux étaient légèrement essoufflés lorsqu'ils y mirent fin. Tom se reprit alors :

« Enfin, une vraie nana, mais en mieux... En bien mieux... »

Ils échangèrent un troisième baiser. Bill passa ses jambes autour des hanches du blond, délaissa ses lèvres pour parcourir sa mâchoire du bout des lèvres, commença à faufiler ses mains sous son T shirt, soupira d'aise en sentant le dreadé lui dévorer la nuque...



[...]



Il s'accouda au balcon et observa, à l'horizon, de fins nuages se teinter de rose à la lumière du soleil levant. L'air était frais, mais il avait pris soin de s'envelopper dans un plaid avant de sortir. Il ne pensait pas vraiment, ne regardait pas vraiment. Il ressentait. Il vivait, tout simplement. Il prit une profonde inspiration, laissant l'air envahir ses poumons. Il sentit qu'on le rejoignait et il sourit. Bill vint l'enlacer par derrière et il vit ses deux mains se poser sur la rambarde, entre les siennes. Ils ne dirent rien, ne se regardèrent même pas. Ils étaient juste là. Tout était bien.



FIN.

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Je dois dire que c'est en lisant des OS comme celui là que je sais pourquoi, il y a un an, j'ai fondé la YAC : de l'amour, de l'humour, de la douceur, des idées un peu dingues, des auteurs complètements fous, des résultats incroyables...

Et oui, vous venez comme chaque fois de lire une tuerie, et c'est l'oeuvre de notre chère Vi' !

Alors comme toujours, je compte sur vous pour la noyer sous des dizaines et des dizaines de commentaires bien mérités...

Bonne lecture & à très bientôt !

# Posté le mercredi 04 juin 2008 11:16

Modifié le vendredi 08 mai 2009 14:25